Les rescapés d’un navire américain, torpillé par un sous marin allemand, se retrouvent seuls et démunis, dans un canot à la dérive. Solidaires dans l’épreuve, ils viennent au secours d’un homme qui nage vers eux et le recueillent avec humanité. Voyant qu’il est allemand, il le garde par opportunisme…
Coincé dans la filmographie d’Alfred Hitchcock entre L’Ombre d’un doute et La Maison du Dr Edwardes, Lifeboat constitue certainement son travail de cinéma le plus inhabituel. Pour au moins deux raisons majeures. La première est que pour une fois, Hitch réalise une oeuvre ouvertement politique, quasiment de propagande et tournée pile au moment où l’Amérique entre enfin dans le conflit mondial. Loin des thrillers qui ont fait sa gloire, ce film penche du côté du drame psychologique s’attachant à tracer le portrait de neuf personnages coincés sur un radeau de fortune et confrontant leurs caractères et leurs différences de point de vue. La seconde vient de l’unité de lieu (comme un huis clos étrange puisque la caméra ne quitte jamais le radeau exigu), de la perte de repères temporels, d’où un sentiment d' »impuissance » face au récit qui nous est proposé. Adapté d’un roman de John Steinbeck, Lifeboat oppose avec une certaine ambiguité le rêve américain et la dictature hitlérienne, pose des questions pertinentes sur le courage, la lâcheté, la survie. Peut être que Sir Alfred voulait à sa façon participer à l’effort de guerre en signant cette histoire sous forme de comédie humaine dans laquelle il prône l’alliance des démocraties avec une finesse particulière. Jouant énormément sur les dialogues, Hitchcock laisse son sens du suspense de côté, on ne se demande pas si ces naufragés vont être secourus mais bien plutôt comment ils vont parvenir à « cohabiter » ensemble devant l’adversité.
A priori Lifeboat n’a pas l’ambition d’être seulement un exercice de style visuel et technique comme le sera plus tard La Corde (même si la prouesse de filmer un lieu aussi contigu reste un joli pari). La distribution, uniquement faite de noms peu connus comme Hume Cronyn, John Hodiak, William Bendix, comprend une vedette du théâtre appelée Tallulah Bankhead jouant ici une journaliste mondaine tirée à quatre épingles et qui semble totalement « incongrue » au milieu des autres protagonistes. Hitchcock souhaitait aussi parler de différences de classe sociales, d’éducation et de mode de vie et c’est assez réussi. Ce huis clos en pleine mer, comme une fenêtre ouverte sur notre humanité, ne compte certes pas parmi les films les plus cités ou salués de l’auteur de Psychose: il est suffisamment « hors normes » pour se pencher sur son cas.
ANNEE DE PRODUCTION 1944.



