Paul, autrefois photographe, s’est mis à l’écriture et a publié deux romans qui ont eu un certain succès. Mais il arrive un moment où son éditrice, Alice, lui demande un manuscrit qu’il tarde à livrer et se retrouvant sans argent de côté, décide de tout abandonner (confort matériel, appartement) et vivre pour son art. Il devient un « pauvre » réalisant divers petits boulots et toujours accroché à son désir d’écrire son nouvel ouvrage…
Trois ans après le dur mais beau L’Amour et les Forêts, la réalisatrice Valérie Donzelli retrouve sa caméra et adapte le livre du même nom de Franck Courtés A pied D’oeuvre. Elle y trace le portrait d’un homme à l’intégrité artistique absolue, soucieux de ne plus rentrer dans le moule social « confortable » et acceptant de pratiquer des travaux très peu payés afin de continuer à « nourrir » son feu sacré: l’écriture. Considéré comme un marginal déconnecté des réalités, Paul voit bien que ses proches (son ex femme, son père, ses enfants dans une moindre mesure) ne comprennent pas ses choix de vie, ne peuvent concevoir qu’il soit dans une situation précaire simplement par « décision ». La cinéaste de La Guerre est déclarée traite en somme de la liberté artistique qu’elle qu’en soit le prix, son combat quotidien pour demeurer en place et se garder du temps pour son Art. Ce récit de résistance assez incroyable, ancrée dans le dur quotidien d’une société ne fonctionnant qu’à la consommation, possède des trésors d’émotion, en premier lieu par l’écriture d’un scénario impeccablement construit. Il a d’ailleurs remporté le Prix du meilleur scénario au dernier festival de Venise. Quant à la mise en scène de Donzelli, elle suit son anti héros de près, le filmant souvent en plans très serrés, accompagnant sa motivation et son courage sans faillir. Cette chronique intime a quelque chose de l’expérience vécue (Courtés a scrupuleusement noté ses divers moyens de subsistance pour nourrir la matière de son roman) et donc ne peut que nous émouvoir fortement.
Depuis La Nuit du 12, on ne voit que lui et de plus en plus marquant au fil des rôles: Bastien Bouillon compose son personnage de manière remarquable, avec une justesse qu’il faut absolument saluer. Ses partenaires, André Marcon en père inquiet, Virginie Ledoyen en éditrice à la fois inflexible et compréhensive, Claude Perron en amante de passage, donnent de vraies séquences touchantes et une mélancolie bienvenue surgit au détour d’une chanson de Reggiani ou de Souchon. Dans ce monde hostile, sans cesse en quête de réussite, ce beau personnage d’écrivain déclassé détonne, séduit, et finalement emballe. Sans conteste, le meilleur film de Valérie Donzelli à ce jour.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



