Maud, cinéaste de 60 ans, est victime d’un AVC qui la laisse hémiplégique. Elle lutte pour ne pas sombrer. Un soir, alors qu’elle regarde une émission à la TV, elle est fascinée par Vilko, un escroc qui pérore et parle de ses expériences. Elle décide de l’embaucher pour son prochain film. D’abord réticent, Wilko accepte. Dès lors se noue une relation étrange et assez toxique entre la sexagénaire et le jeune homme…
Cinéaste du vécu, de la vérité crue, refusant toute distance, Catherine Breillat met en scène sa propre expérience avec le célèbre escroc Christophe Rocancourt, qui l’a spolié de près d’un million d’euros, suite à son accident vasculaire cérébral qui a provoqué son hémiplégie. Cruelle avec elle même, elle élabore un récit qui se rapproche au plus près de la réalité des faits, décrivant avec un sens d’entomologiste son handicap, sa « faiblesse » d’esprit suite à des prises médicamenteuses censées soulager ses douleurs et comment finalement elle devient une proie idéale pour le manipulateur roublard qu’était Rocancourt. Abus de Faiblesse aborde aussi le thème de la dépendance, celle de Maud, son héroine, subjuguée par la beauté brute de son acteur si « serviable » avec elle, et celle de Wilko ne vivant qu’en lui faisant signer des chèques aux montants de plus en plus astronomiques. D’ailleurs, le récit tourne en rond à mi parcours, la relation entre la cinéaste amoindrie et son « chouchou' » ne se borne qu’à parler d’argent, de transactions, de comptes à rendre: Breillat semble là à avoir eu du mal à transcender ce traumatisme d’avoir été volée et n’insuffle pas à son scénario d’enjeux assez prenants. L’arnaque à laquelle on assiste nous apparait dès lors monotone, banale, presque sans gravité, alors qu’il y a bien eu manipulation mentale, même subtile.
Une nouvelle fois dans un rôle casse gueule (jouer une handicapée sans avoir l’air d’en faire des tonnes), Isabelle Huppert n’a peur d’aucun défi et incarne Breillat comme si elle l’avait observé à la loupe, mimant la difficulté de se déplacer, de bouger ses membres, tout en gardant une parfaite diction cinglante qui, au passage, lui sied comme un gant. Ce n’est pas le portrait d’une victime ordinaire, ni d’une idiote qui n’a pas réfléchi, mais bien celle d’une femme intelligente embourbée dans une emprise. Corps de rappeur viril et animal, Kool Shen du groupe NTM, campe ce voyou clean sur lui, convaincant, persuasif, au charme vénéneux. Tout comme elle l’a auparavant fait dans ses films ouvertement « sexuels », Catherine Breillat se contemple bien en face, sans aucun pathos, sans doute pour digérer cette sale affaire, restaurer l’image altérée qu’elle a d’elle même.
ANNEE DE PRODUCTION 2014.



