Anna, une jeune femme douce et solitaire, est soignée par le Docteur Zanesvsky, à la suite d’une blessure à la jambe. En une seule séance, elle se persuade qu’il est tombé amoureux d’elle, alors elle le harcèle de ses assiduités, le suit partout, s’immisce dans sa vie. Lui, heureux en ménage, repousse tout net ses avances, mais ca ne décourage pas la jeune femme. Cela va aller de mal en pis…
Voici un bien étrange mal que cette psychose dont souffre l’héroïne du second film de Michel Spinosa. Une maladie mentale appelée l’érotomanie. Anna s’est convaincue en son for intérieur d’un amour imaginaire, alors elle le cultive, l’idéalise, le rend réel pour elle même, et s’invente des preuves qui n’en sont pas, interprètent des signes illusoires, et rend la vie de son médecin infernale. Harcèlement, intrusion, intimidation, tout y passe! Le cinéaste décrit de manière clinique ce cas pathologique, en racontant les étapes successives du « basculement »: d’abord l’illumination, l’espoir fou, le dépit et puis la haine. L’histoire de cette idée fixe qui finit par faire mal et peur est écrite avec beaucoup de soin, de précision, et Spinosa nous fait ressentir le malaise perceptible de cette pauvre jeune fille en détresse. La dérive de cette passion à sens unique a des allures de thriller, tant certaines séquences sont hypertendues, d’autant que la douceur d’Anna se mue parfois en quasi monstruosité imprévisible.
La victime de cet acharnement aveugle est jouée par Gilbert Melki, impuissant face à la tornade qui l’engloutit, il est parfait dans ce registre dépassé. C’est surtout Isabelle Carré qui habite ce film anxiogène dans ce rôle risqué, qu’elle endosse avec une force rare. Elle passe de l’émoi profond à l’hystérie pure avec une grande résistance très louable. Moins convaincant est le glissement de l’érotomanie au mysticisme qu’Anna embrasse en fin de parcours, mais ca n’enlève rien à la sidérante peinture de cet amour fou, hors de toute logique, nous laissant un goût âpre et douloureux.
ANNEE DE PRODUCTION 2007.