Alvy Singer, comique professionnel juif new yorkais se remémore sa relation amoureuse avec Annie Hall, une rencontre décisive dans sa vie affective. Mais chacun des deux étant en proie à des angoisses métaphysiques, ils en sont venus à se séparer…
Avant Manhattan, considéré comme le plus abouti de tous les films de Woody Allen, il y a eut Annie Hall, merveilleuse confession décapante et tendre sur l’amour et ses vicissitudes que le cinéaste new yorkais articule sous la forme d’un journal intime scandé en voix off et avec une drôlerie et une lucidité étonnantes. Ce concentré autobiographique (il y évoque son enfance, ses premières amours, son statut de juif souvent mal aimé, ses déboires avec les psys, etc…) tourne ensuite avec bonheur autour de la relation entre Alvy (son alter ego) et Annie Hall (glorieuse tenante du titre), leur coup de foudre, leur complicité, leur passion physique avant l’inévitable grain de poussière entrainant la lassitude que tout couple doit subir tôt ou tard. Par son humour ravageur, Allen en dit long sur le sexe, sur sa peur de la mort, sur ses anxiétés innombrables et par l’entremise de réparties parfaitement désopilantes nous aide à voir la vie en moins noire qu’elle n’y parait! Tous les rires que l’on émet durant 1H30 se teintent pourtant de mélancolie et d’émotion quand on songe que Woody relate ni plus ni moins la véritable idylle qu’il a partagé avec son actrice principale Diane Keaton dans la vie réelle. Où commence le cinéma, où s’arrête la fiction? A coups de joutes verbales, de pensées positives en constats négatifs ou amers, Annie Hall invente presque à lui tout seul le genre de la comédie romantique qui allait exploser dans la décennie suivante. Woody utilise des procédés variés, allant du sketch au monologue intérieur, d’interviews mais aussi d’une mini séquence d’animation autour de Blanche Neige et les 7 Nains: les idées fusent à tout va, alliant l’excellence et la sincérité.
Outre Woody lui même, bombe comique que l’on ne présente plus, l’autre bijou inestimable s’appelle donc Diane Keaton, sa première muse au charme fou et au jeu aussi décontracté que précis, d’une grande drôlerie (la séquence des homards ou l’après match de tennis en sont des sommets). Grâce à Annie Hall, les critiques les plus virulentes contre Allen d’habitude firent amende honorable, saluèrent un auteur complet capable de « profondeur » et le film atteint même une popularité record à Hollywood, puisque l’Académie des Oscars lui décerna pas moins de 5 statuettes, dont celles du meilleur film et réalisateur. Ironique quand on pense l’aversion d’Allen pour les prix et son allergie légendaire pour Los Angeles (qu’il décrit d’ailleurs avec acidité dans le film). Bien au delà de la légèreté apparente, il est question d’incompréhension entre l’homme et la femme, leur impossibilité à se compléter alors même qu’ils éprouvent un amour absolu l’un pour l’autre. C’est grave Docteur?
ANNEE DE PRODUCTION 1977.



