Cadre dans une usine de papier, You Man-su est un homme heureux : il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents.
A la base, le roman de Donald E.Westlake avait connu un vif succès littéraire, avant d’être adapté par Costa Gavras en 2005 sous le titre éponyme du Couperet. Vingt ans après, le sud coréen Park Chan Wook, auteur du génial Old Boy, s’empare du livre pour en faire non pas un remake réchauffé, mais bien le construire avec son style personnel si inimitable. Son douzième long métrage renoue avec sa maestria habituelle et pour orchestrer cette satire décapante sur le monde du travail et sur le statut de chômeur dans un pays si obsédé par le capitalisme, il use d’une mise en scène brillante. De trouvailles visuelles en plans inventifs, d’un montage virtuose à un récit bigrement mené. Là où Costa Gavras avait opté pour un thriller sombre, Chan Wook va presque à l’opposé en choisissant la comédie noire à l’humour hautement cynique. Son script s’autorise quelques disgressions sur les valeurs familiales, la confiance qui existe ou s’effrite à l’intérieur du couple: le ton volontiers ironique ajoute une couche de décalage dans une histoire finalement sordide. Ce chômeur préméditant trois meurtres et les exécutant (avec les moyens du bord) dit tout le désespoir d’une société gangrénée par la réussite sociale à tout prix. Hormis peut être de toutes petites longueurs peu gênantes, Aucun Autre Choix déroule son implacable mécanique en nous en mettant plein la vue!
L’interprétation tenue par Lee Byung Hun, Son Ye-Jin et Park Hee-Soon donne également de l’épaisseur au métrage, adeptes d’un jeu « outrancier » mais idéal pour le propos. Beaucoup plus retors et abouti que son Decision to Leave (pour le coup trop froid), moins esthétique -encore que- Mademoiselle, ce nouvel opus du furieux Chan Wook remet les pendules à l’heure, le points sur les I et les barres aux T et rappelle combien son cinéma au processus redoutable ne peut que nous laisser admiratifs. Mine de rien, son antihéros criminel par nécessité parvient à nous faire tout à la fois rire et pitié. Et ne se borne pas à une intrigue policière toute tracée. Aucun autre choix que d’applaudir des deux mains!
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



