Aux Etats-Unis, pendant les années de Prohibition. Lily Powers a grandi dans le bar clandestin que tient son père. Un soir que le triste personnage la vend pour quelques dollars à l’un de ses clients, Lily se révolte et chasse son suborneur. Affolé, son père ne prend pas garde à l’alambic qu’il a bricolé dans son jardin et meurt dans son explosion. Accompagnée de sa fidèle domestique noire, Chico, Lily suit les conseils d’un cordonnier philosophe et part conquérir New York.
Voilà une œuvre tout à fait saisissante à bien des égards. Baby Face se distingue largement par un aspect furieusement amoral, un récit d’émancipation féminine hors du commun: une jeune héroïne issue des bas fonds crasseux qui gravit l’échelle sociale par son audace et en utilisant ses charmes auprès des hommes. Par la grâce d’une mise en scène rythmée, Alfred A, Green expose avec un cynisme joyeux une femme sans scrupules, appliquant à sa manière le précepte de Nietzsche « Sois un maître, ne sois pas un esclave ». Ainsi, nous sommes aux antipodes des rôles féminins exploités par la gent masculine et de ce point de vue, c’est du cinéma américain très singulier. D’autant plus pour l’époque , en pleine Prohibition, et très peu de temps avant l’entrée en vigueur du code Hays et sa censure féroce. Baby Face ne dépasse pas les 1h12 et Green multiplie les ellipses sans jamais perdre notre attention, au contraire il va à l’essentiel, sans surplus et frappe fort avec une narration implacable. Provoquant drames, jalousie et faillite financière, Lilly marche sur les plates bandes des hommes habituellement assoiffés de pouvoir et fonce vers son avenir radieux sans prendre de gants avec personne.
Pour incarner cette demoiselle qui n’a pas froid eux yeux (ni ailleurs du reste!), Green a fait le choix judicieux de la fabuleuse Barbara Stanwyck, à l’aube d’une carrière longue comme le bras et disposant déjà d’aptitudes de comédienne très accomplies. En banquier amoureux, George Brent, futur partenaire fréquent de Bette Davis, est idéal avec sa naïveté touchante. Très en avance sur son temps, Baby Face défie la censure par des dialogues assez crus, une description de l’ambition sans concessions et surtout brosse un portrait féminin finalement dérangeant, en tout cas cultivant une perversion morale tout juste « récupérée » à la toute fin par un repentir tardif de la dame. Manière de rappeler que l’amour peut sauver n’importe quel comportement…
ANNEE DE PRODUCTION 1933.



