Los Angeles, autour de 1975. Eddie Adams, jeune serveur dans un resto, est repéré par un réalisateur de films pornographiques. Il est engagé pour son physique avantageux et la taille exceptionnelle de son pénis. Sacré star sous le pseudonyme de Dirk Diggler, il vit un conte de fées qui va durer quelques années. Mais l’industrie du porno est impitoyable et la descente aux enfers s’ensuit pour lui…
Pour son entrée en cinéma, Paul Thomas Anderson vise fort et juste avec cette plongée dans le milieu du porno américain en pleine décennie 70 et pile au milieu du mouvement hippie. Boogie Nights étonne par sa mise en scène punchy, ses mouvements d’appareil incessants, ses personnages qui ne cessent de se déplacer comme animés par un feu intérieur (on se croirait parfois chez Ophuls), rongés par une ambition démesurée de réussir. Le récit suit la trajectoire d’un tout jeune homme doté d’une anatomie à la taille impressionnante et bien décidé à devenir une star du X, malgré de piètres talents d’acteur. Le film nous raconte d’abord cette ascension fulgurante, propulsée dans un monde de fric facile, de sexe décomplexé, de moeurs légères et puis la dégringolade: drogue, alcool, addictions, échecs en série, etc… Le retour sur Terre va être une dure épreuve! La caméra d’Anderson ne lâche jamais le spectateur dans sa narration huilée à l’extrême, sur le son hyper entrainant d’un disco de circonstance et d’une BO d’enfer. Il parvient surtout à évoquer l’univers si particulier de la pornographie sans jamais ou presque tomber dans le glauque visuel (il préfère suggérer et laisser l’imagination se faire ses propres images bâties sur les fantasmes les plus fous). D’abord empreint de légèreté et parfois d’humour, Boogie Nights explore ensuite les tréfonds d’un métier poisseux, limité, et le revers d’une médaille chèrement payée. De ce point de vue là, Scorsese s’invite dans le style esthétique et survitaminé proposé tout au long des 2H30 de projection.
Anderson convoque un casting de très haute volée pour incarner ses protagonistes englués dans leur milieu jusqu’au cou: John C Reilly, Philip Seymour Hoffman, William H.Macy pour des rôles secondaires bien développés et un trio de tête gagnant sur toute la ligne (de coke): Burt Reynolds puissant en réalisateur de films X, Julianne Moore sacrément crédible en actrice porno et maman dévastée par l’absence d’un enfant qu’on ne lui laisse pas élever au vu de sa profession. Et la révélation en la personne de Mark Wahlberg, ex mannequin et chanteur à minettes, ici très en place dans son personnage de Dick Diggler, se mettant à nu au propre comme au figuré. Boogie Nights évite le moralisme facile, nous entraine dans un monde secret et fascinant où l’insouciance et la jouissance à tout va vont bientôt dériver vers des zones bien plus sombres.
ANNEE DE PRODUCTION 1997.



