Teddy et Don, deux jeunes hommes obsédés par les théories complotistes en tout genre enlèvent Michelle Fuller, la PDG d’une grande entreprise, convaincus qu’elle est une extraterrestre déterminée à détruire la planète Terre…
Au fil d’une oeuvre véritablement singulière, le cinéaste grec Yorgos Lanthimos se construit une filmographie de plus en plus intéressante, ne ressemblant à aucune autre, laissant libre cours à un imaginaire totalement débridé. Et Bugonia, son dernier opus, le confirme encore haut la main! Ce coup ci, il présente une fable délirante, passant avec une aisance folle de la comédie à la science fiction, du quasi thriller au film parodique, sans perdre quasiment aucune parcelle de talent dans l’intervalle! Lanthimos construit un scénario barré implacable (dans le genre d’un Bong Joo Ho) et tient sa barque deux heures durant, sans faillir ou presque (un très léger ventre mou en fin de première partie, très vite rattrapée par une seconde bouillonnante d’idées). On se demande bien ce que ce kidnapping d’une femme ultra sûre d’elle et socialement pleine de pouvoirs par deux timbrés complotistes va pouvoir nous réserver en termes d’enjeux: c’est sans compter sur le débordant réservoir d’imagination de l’auteur de Canine, très à son aise dans les univers à la fois malaisants et quasi fantastiques (Pauvres Créatures par exemple). Il pointe du doigt avec un humour féroce les théories du complot se multipliant sur tout et rien, sur la propension de l’espèce humaine à détruire sa « chère » planète, comme le faisait Save the Green Planet du coréen Jang Joo Hawn, dont Bugonia est clairement un remake. Quant au final, aussi jouissif que radical, il enfonce le clou d’un cinéma décidément en dehors de toute convention.
Productrice et actrice principale, Emma Stone s’aventure de nouveau sur des terrains décalés et cette quatrième collaboration avec Lanthimos fera date: crâne rasé, tour à tour drôle, caustique, hallucinante, elle offre une partition vraiment sensationnelle face à son partenaire de Kinds of Kindness, Jesse Plemons, proprement génial en cinglé complotiste total. A leurs côtés, un débutant prometteur du nom d’Aidan Delbis, jouant le « maillon faible » du duo de timbrés, influençable, réduit à quelques phrases types du genre « ok entendu! » et qui marque pourtant par sa présence indéniable. Cette satire percutante ancrée dans l’air du temps pose des questions pertinentes sur la condition humaine, celle des aliens et des abeilles du même coup! Lanthimos n’en finit pas de nous surprendre.
ANNEE DE PRODUCTION 2025.



