Dans une maison isolée bordée d’une haute clôture, une famille vit en totale autarcie. Les trois enfants, élevés selon des règles étranges, n’ont jamais eu de contact avec le monde extérieur. Une seule personne a le droit de pénétrer dans cette forteresse: Christina, agent de sécurité dans l’usine où travaille le père. Elle est chargée d’assouvir les besoins sexuels du fils. Celle ci donne la possibilité à la fille ainée d’entrevoir le monde derrière la clôture…
Tout droit venu de Grèce, Yorgos Lanthimos a creusé son sillon dans le paysage cinématographique mondial avec des oeuvres fortes comme Mise à mort du cerf sacré ou La Favorite. Canine est son tout premier long métrage et le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas facile d’accès ni soucieux de plaire au plus grand nombre. Voici du cinéma radical, déroutant, dérangeant, qui suscite réflexions et interrogations multiples. Dans une ambiance faussement tranquille, à l’intérieur d’une demeure sans style particulier, une famille vit là totalement coupée du monde (du moins les enfants devenus d’ailleurs adultes sans avoir eu de contact extérieur), Lanthimos pose les bases d’un récit à priori invraisemblable mais qui, par le biais d’une mise en scène clinique et frontale, finit par nous persuader que tout est finalement plausible. Et donc d’autant plus glauque… Une sorte de parabole du totalitarisme et du conditionnement mental dans une structure habituellement « rassurante »: le cercle familial. Le temps parait parfois un peu long, les séquences s’enchainent sur un rythme presque monocorde et les enjeux demeurent obscurs un bon moment. Quelque part entre l’austérité d’un Pasolini et la maitrise formelle d’un Haneke, Lanthimos vise la désincarnation totale de son sujet, laissant le soin au spectateur de formuler sa propre interprétation.
Aucun des acteurs présents ne nous sont familiers, originaires de Grèce Christos Stergioglou et Michelle Valley incarnent les parents « dominateurs » avec une véracité inquiétante, tandis que Hrsitos Passalis et Aggeliki Papoulia tiennent les rôles des enfants. Canine s’avère une expérience plutôt étrange et insolite, bien que la perversité et la cruauté exposées soient affichées avec un cynisme froid. Cannes fut séduit par la naissance de ce réalisateur hors normes dans la section Un Certain Regard. Avant de sélectionner son film suivant, The Lobster, dans la compétition officielle. Du cinéma qui ne peut en tout cas laisser indifférent.
ANNEE DE PRODUCTION 2009.



