New York, dans un jardin public, deux enfants de 11 ans se bagarrent et l’un blesse l’autre avec un bâton. Les parents de la « victime » demandent à s’expliquer avec les parents du « coupable ». Rapidement, les échanges cordiaux cèdent le pas à l’affrontement.
Dans la filmographie brillante de Roman Polanski, Carnage fait un peu figure de parenthèse. Par son genre (la comédie que Polanski a jusque là très peu exploré), par sa durée (à peine 1H16) et par le style du théâtre filmé qu’il revendique. En effet, il s’agit de l’adaptation d’une pièce écrite par l’excellente Yasmina Reza, devenant donc un huis clos cinématographique (l’auteur de Chinatown s’y connait en matières d’appartements clos où se jouent l’action) et reposant essentiellement sur le texte. Texte mordant, intelligent, profond, grattant le vernis social avec méchanceté et une bonne pointe de cynisme. Si Polanski reste concentré sur l’espace réduit de la salle de séjour, sa caméra sait capter les réactions des quatre protagonistes et déceler tantôt leur ironie, leur agacement, leur fausse politesse, leur bassesses. Carnage ne se borne pas à montrer deux couples se chamailler, de manière plus maligne il décrit aussi le processus des « clans » qui se forment: ainsi une solidarité masculine se fait jour pour railler la gent féminine, ou bien ce sont trois personnages qui se liguent « contre » un quatrième pour se moquer de ses travers. Souvent drôle, le ton vire surtout à l’aigre et aux règlements de comptes, la politesse forcée se transforme en quasi insultes dans une impossible tentative de conciliation. Pour rendre ces échanges tendus de la manière la plus « jouissive » possible, il fallait un casting de choc que Polanski dirige au cordeau.
Tout d’abord, Jodie Foster, impeccable en mère un brin hystérique et à cheval sur ses principes, ensuite la non moins formidable Kate Winslet composant un personnage plus « hypocrite », quant aux maris ils sont incarnés par John C.Reily (Chicago, Magnolia) et Christoph Waltz, découvert dans Inglorious Basterds de Tarantino et qui sont également tous deux excellents. Dans leurs joutes verbales, se croisent à la fois l’exaspération autour de l’éducation laxiste, la bonne conscience de bourgeois face aux malheurs du monde, ou l’attachement à du matérialisme stupide (le portable, les livres d’art). Après un ensemble enlevé, Carnage se termine un peu en « eau de boudin »: pas de quoi causer notre mécontentement pour autant.
ANNEE DE PRODUCTION 2011.



