Professeur de civilisation chinoise, Damien vit à Paris, avec sa femme Iva, metteur en scène de théâtre et leur fils ado, Noé. Iva vient de débuter une liaison avec un homme plus jeune qu’elle, Damien se sent délaissé. Pour éviter à une certaine Zorica d’être expulsée, Damien fait une promesse qu’il ne peut pas tenir: faire en sorte par ses relations et notamment son père, avec qui il entretient des relations distendues, que la jeune femme reste sur le territoire français. D’autant qu’il s’est un peu amouraché d’elle…
Avec cette sixième réalisation depuis Rien sur Robert, Pascal Bonitzer revient de nouveau au marivaudage affectif et métaphysique, à travers le portrait d’un intellectuel déphasé et en perte d’estime de soi. Damien est un homme trompé par sa femme, quasiment pas considéré par son père, cherchant à aider les autres avec ses maigres moyens, échouant souvent à y parvenir. Cherchez Hortense, pure comédie dramatique, capte l’air du temps avec ses questions cruciales sur l’immigration, la montée en puissance de la Chine, la solidarité envers autrui, tout en suivant un personnage en quête de sens. Brillamment dialogué et scénarisé, le film fait de constants va et vient entre légèreté et gravité, pointe les petites lâchetés de chacun, les compromissions et le désir de changement, gardant toujours un cap plutôt comique. La condition des sans papiers sert de fil conducteur au récit, toutefois c’est l’avancée psychologique du personnage central que Bonitzer traite en priorité, à travers le langage comme élément essentiel d’un ensemble que l’on peut parfois trouver un peu bavard. Comme Rien sur Robert, Cherchez Hortense a tout du titre trompeur (puisque ce fameux Hortense est simplement le haut fonctionnaire que Damien doit à tout prix approcher pour plaider la cause de la jeune Zorica en situation « irrégulière »).
Comme avant Luchini ou Auteuil, c’est l’acteur qui tient les fondements du film et cette fois, Bonitzer dirige Jean Pierre Bacri, parfait en homme faible, englué dans un marasme à la limite de la dépression. Ciselant avec acuité son jeu, l’acolyte d’Agnès Jaoui trouve en Damien un anti héros riche dont il se régale de souligner les imperfections. Il laisse tout de même à ses partenaires de la place pour se distinguer: Kristin Scott Thomas en épouse infidèle, Claude Rich en père possiblement gay, et Isabelle Carré (qu’il avait joliment côtoyé dans Les Sentiments) charmante exilée polonaise dont il tombe amoureux. La tendresse des séquences entre Bacri et Carré constitue d’ailleurs les meilleurs moments d’un film plaisant et qui reconfirme la bonne santé du cinéma d’auteur en France.
ANNEE DE PRODUCTION 2012.



