Minnesota, 1929. A la veille de la Grande Dépression, Lem Tustine, jeune paysan sans expérience, est envoyé à Chicago par son père, afin de vendre leur récolte de blé. Dans un snack bar, il rencontre Kate, une serveuse excédée de se faire harceler par des clients grossiers. Elle veut changer de vie et fuir à la campagne. Lem est attiré par elle et au moment de repartir, la demande en mariage et la ramène au pays…
Tout dernier film de l’allemand Murnau à Hollywood, City Girl renoue sur bien des aspects avec son chef d’oeuvre intemporel L’Aurore, tourné deux ans plus tôt. Tout d’abord, il s’agit à nouveau d’une grande histoire d’amour fou entre un homme de la campagne et une jeune fille de la ville et un romantisme échevelé y est sans cesse présent. Ensuite, il met en opposition ces deux mondes, ces deux lieux et au passage rend un vibrant hommage aux fermiers luttant pour vendre leurs récoltes à des prix décents, afin de survivre. En toile de fond, la crise de 1929 et le krach boursier pèsent tels des menaces imminentes, Murnau dressant un portrait de l’Amérique clairement identifié. Le cinéaste voulait au départ réaliser une « ode au blé et au caractère sacré du pain », mais il dût céder aux exigences de la Fox et mettre en avant l’histoire sentimentale. Il n’y perd pas son style pour autant et la fluidité de son récit, l’ampleur de sa mise en scène et de ses plans (deux ou trois travellings formidables) impressionnent encore près de 95 ans plus tard!
Imprégné de l’esthétisme américaine de la fin des années 20, ce tableau du Midwest et de ses habitants surprend par sa virtuosité technique donc, mais également par son lyrisme étonnant. De plus, il marque les ultimes heures du cinéma muet et sa modernité ne fait aucun doute. Le couple, formé par Charles Farrell et Mary Duncan (déjà associé dans La Femme au Corbeau), contribue pleinement à ressentir les émois de ces amoureux confrontés à la rudesse du monde paysan. Cette chronique naturaliste, proche de l’univers de King Vidor et de Franck Borzage, fut mal reçue à une époque où le public était davantage friand de divertissements légers, afin d’oublier un peu les tourments de la Grande Dépression.
ANNEE DE PRODUCTION 1929.




Un film que je n’ai pas vu, au contraire de L’Aurore, du Dernier des hommes et de Nosferatu… 😉