Belle, blonde et sotte, Billie est la petite amie de Harry, un homme d’affaires puissant mais véreux. Celui ci profite de l’ignorance de sa compagne pour la compromettre dans des affaires louches, jusqu’à ce qu’elle découvre la vérité grâce à un journaliste engagé pour lui apporter un semblant d’éducation.
La pièce originale avait connu un triomphe sur scène grâce à l’écriture enlevée et les bons mots de Garson Kanin, son auteur. Hollywood s’en empara tout naturellement pour une adaptation ciné. George Cukor en assure la réalisation, avec son panache habituel, son sens du rythme et sa façon bien à lui de mettre la femme en avant. Ce sujet de la « pauvre idiote apprenant à s’élever et à s’affranchir » sera également la trame de My Fair Lady, du même Cukor, quatorze ans plus tard. Cette comédie souvent très drôle tenant par ses dialogues hilarants et ses personnages truculents (le truand tyrannique, sa pépée nunuche, un journaliste séduisant et charmeur) se présente comme un éloge à la démocratie américaine (en pleine période maccarthyste), une gentille dénonciation du machisme primaire et un pied de nez aux clichés: une blonde jolie et bien roulée ne reste pas forcément une ravissante idiote, à condition de s’instruire, de lire, d’éveiller sa curiosité. Cukor mène la danse sans tomber dans le piège tentant du théâtre filmé, bien que le film se déroule souvent dans des espaces clos, il l’aère par des visites à la National Gallery, au parlement, dans un Washington ensoleillé et joyeux. Comment l’esprit vient aux femmes honore la femme et rehausse son statut souvent dénigré, fait passer les hommes pour de fourbes manipulateurs égoïstes et célèbre l’altruisme dans le meilleur sens du terme.
William Holden joue coup double la même année que Sunset Boulevard face à Broderick Crawford antipathique macho, presque une caricature à lui tout seul. Et dans le rôle de Billie, la pétulante Judy Holliday, à la voix aigue et nasillarde, l’air ahurie et pourtant adorable, crève l’écran par son jeu parfaitement en place. L’Académie des Oscars lui décerna la précieuse statuette de la Meilleure Actrice face à des « poids lourds » comme Bette Davis ou Gloria Swanson. La belle revanche d’une blonde en somme! Une des comédies américaines de l’âge d’Or indispensables à voir et à revoir.
ANNEE DE PRODUCTION 1950.



