Mathias Vogler rentre en France après un long exil au Japon. Pianiste prodige, il retrouve sa mentore de jeunesse, Elena, qui voudrait qu’il donne une série de concerts au piano à ses côtés à l’Auditorium de Lyon. Cependant, Mathias tombe nez à nez avec Claude, son amour d’autrefois, qui depuis s’est mariée et a eu un petit garçon… qui ressemble étrangement à Mathias. Ce dernier perd pied et ne sait plus comment gérer ses sentiments…
Bientôt plus de trente ans qu’Arnaud Desplechin nous agrippe le coeur et l’âme avec ses oeuvres teintées de drame, de gravité et de pas mal de légèreté aussi, souvent des histoires chorales, des destins croisés, des familles qui se réunissent, se détestent autant qu’elles s’aiment, des personnages dans la vie. Avec ce 13ème long métrage, Deux Pianos, on peut dire qu’il reste dans une même ligne directrice, avec toutefois beaucoup moins d’aisance et de fluidité qu’à l’ordinaire. En mélangeant la trajectoire de vie de cet artiste dévolu à sa musique et celle de son ex amour refaisant irruption sur son chemin, il axe son double récit de façon assez brouillonne, pas toujours très habile, et surtout l’intrigue tourne au psychodrame avançant à tâtons. Si du point de vue de la mise en scène, on reconnait la patte de l’auteur d’Un Conte de Noêl, il a plus de mal en revanche à nous intéresser à cette histoire peu crédible finalement que l’on suit avec détachement. Aucun des personnages ne semble incarnés et leur manque de profondeur empêchent toute empathie ou identification. La probable paternité du héros principal étant un des tournants les plus lourdauds d’un scénario faiblard. La passion (sûrement le thème central encore ici), passion de la musique autant que passion amoureuse paraissent fades et ne suscitent pas l’émotion attendue.
Si seulement la distribution nous réconciliait avec les manquements du récit, mais non… en tout cas à moitié! Le couple François Civil/Nadia Tereszkiewicz ne bouleverse pas des masses, englué dans une fadeur sûrement dû à leur manque de symbiose. Civil n’étant pas encore le grand acteur dramatique que l’on voudrait nous faire croire. Par contre, les seconds rôles tenus par Charlotte Rampling et Hippolyte Girardot, des dinosaures du jeu, apportent davantage de satisfaction et leur volent presque la vedette. Depuis Roubaix une Lumière en 2019, Desplechin ne retrouve pas l’inspiration et l’élan nécessaire pour rebondir et se répète, en faisant moins bien qu’avant. Une partition bien décevante de sa part.
ANNEE DE PRODUCTION 2025.



