Pansy est rongée par la douleur physique et mentale et son rapport au monde ne passe que par la colère et la confrontation. Son mari Curtley ne sait plus comment la gérer, tandis que son fils Moses vit dans son propre monde. Seule sa sœur, Chantal, la comprend et peut l’aider.
La régularité de production du cinéaste anglais Mike Leigh s’est espacée de plus en plus depuis une bonne dizaine d’années, son opus le plus récent étant la fresque historique Peterloo, passé d’ailleurs presque inaperçue. Leigh retrouve le style qui avait fait sa renommée grâce à Another Day, Naked et surtout Secrets et Mensonges (Palme d’Or 1996). Un cinéma plein d’humanité, profond, sensible et souvent tournée vers la famille et ses affres. Deux Soeurs se présente comme un drame, le portrait d’une femme irascible, constamment en colère contre tout et rien, sans cesse dans l’agressivité (sans que l’on sache le pourquoi du comment) et en filigrane celui de sa soeur ainée, solaire, rieuse, foncièrement tournée vers autrui. Cette opposition de caractères ne constitue pas en soi l’essentiel du script, Leigh prend plus de temps à insister sur l’antipathie prononcée de Pansy et privilégie le non dit global sur son passé, sa maladie « mentale » (dont elle se plaint ouvertement), et même ses rapports avec son mari et son fils respirent le ressentiment. Avec une mise en scène presque en retrait, Mike Leigh autopsie une âme en souffrance, empêtrée dans son incapacité à laisser parler son coeur, à s’abandonner à la tendresse. Comme Pansy fend l’armure assez tardivement dans l’intrigue, les longueurs et les redites s’accumulent dans toute la première heure, ce qui porte préjudice au rythme. Puis dans l’ultime tiers, un simple regard, un bouquet de fleurs, ou un fou rire suivi d’un torrent de larmes nous rappelle combien le cinéma de Leigh se construit autour des variations du coeur, qu’il se ressent au plus profond de chacun.
Près de 30 ans après Secrets et Mensonges, Marianne Jean Baptiste rejoue donc pour Leigh et ce personnage fermé, presque méchant et colérique n’est pas évident à endosser: elle s’en sort avec les honneurs face à Michèle Austin, pas mal en soeur compatissante. Qu’importe que l’on ai pas toutes les réponses à ce drame familial (le deuil impossible de la mère en est juste une des clefs), Deux Soeurs déconcerte par sa radicalité en imposant un final abrupt (sans doute trop), laissant le champ libre à toutes les interprétations, mais qui risque aussi de décevoir une grande partie du public.
ANNEE DE PRODUCTION 2025.



