Fernando, jeune danseur mexicain immigré sans papiers, voudrait percer sur le sol américain. Il entretient une liaison avec Jennifer, une mondaine philanthrope, et pense qu’elle pourra l’aider à s’intégrer. Mais la jeune femme n’a en réalité pas envie de concéder quoique ce soit de sa vie privilégiée, tout en se montrant pourtant amoureuse et en apparence investie…
Découvert par Despues de Lucia et Les Filles d’Avril, le réalisateur mexicain Michel Franco nous avait un peu laissé de marbre avec son dernier opus en date, Sundown. Le voila de retour avec ce drame ténu, une histoire d’amour cruelle régie par la domination et la lutte des classes. Une lutte sourde, sous terraine, qui sous tend les rapports entre Jennifer et Fernando, une riche américaine installée d’une quarantaine d’années et un tout jeune homme de vingt ans son cadet, ambitionnant de devenir danseur de ballet en dehors de son pays d’origine, Le Mexique. Franco passe ce couple à la moulinette sans faire de concessions: par le biais d’une mise en scène très sèche, il accumule les séquences apparemment anodines qui construisent bout à bout un récit implacable. Tout en conservant une opacité appréciable sur ses personnages, il nous parle d’intégration quasi impossible dans une Amérique cloisonnée, et il n’a nul besoin d’explications lourdes ou de dialogues sur signifiants pour créer un malaise réel. Son héroïne évolue dans un milieu opulent, confortable, dans lequel elle mène tout à sa façon, et le contraste avec la difficulté que rencontre Fernando pour passer la frontière (tout en risquant sa vie) et tenter de trouver sa place dans un pays hostile est tout simplement saisissant. Même les scènes de sexe (intenses) semblent vouloir nous dire toute la violence que revêt cette union toxique. Quand enfin, le film prend une direction quasiment de thriller, on peut juger la démonstration moins subtile, elle n’en demeure pas moins d’un cynisme prononcé.
Si le jeune acteur et véritable danseur Isaac Hernandez joue de sa plastique et de sa présence hautement sensuelle, Dreams s’enrichit surtout par le jeu posé et investi de Jessica Chastain, actrice ô combien intéressante et finalement trop rare. Elle est également productrice à part entière du projet après une première collaboration avec Michel Franco sur Memory. La part du monstre qu’elle laisse lentement surgir, sans tomber dans l’outrance ou la performance à tout prix, impressionne favorablement. Titre parfaitement ironique, Dreams s’éloigne justement des jolis rêves d’avenir et de réussite promises par une Amérique « malade » et nous invite au contraire à un cauchemar assez glaçant et dur.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



