En 2020, au début de la pandémie de COVID , le shérif Joe Cross patrouille dans les rues de la ville d’Eddington et constate au quotidien le changement dans les moeurs des gens. Plusieurs citoyens se mobilisent pour le port du masque, d’autres s’y opposent. Tous cherchent la vérité…En parallèle, une rivalité politique se fait jour entre le maire en place et Cross qui veut se présenter aux prochaines élections…
Après avoir signé deux des plus impressionnants films d’horreur de ces vingt dernières années avec Hérédité et Midsommar, le surdoué Ari Aster a pris un virage plus personnel, traduisant son désir de sortir du genre et son troisième opus Beau is Afraid a beaucoup dérouté. Voici son quatrième film, sélectionné en compétition au dernier festival de Cannes, et le moins que l’on puisse dire est que l’accueil y fut plus que partagé! Eddington a en effet tous les ingrédients pour diviser, surtout un scénario fourre tout aux thèmes foisonnants (Covid 19, racisme, rivalité politique, guerre civile, etc…), une narration complexe qui part dans plusieurs directions (la comédie grinçante, le thriller, le western urbain) sans jamais se décider à trancher et finissant par ne plus savoir ce qu’il veut dire. Ari Aster met sur pied une satire sociale acide où la politique est partout présente, faisant référence notamment aux émeutes survenues lors de l’assassinat de George Floyd et ayant donné naissance au mouvement Black Lives Matters. Fort heureusement, en dehors du récit emberlificoté, la mise en scène singulièrement originale du réalisateur impose un tas d’idées réjouissantes, oscillant entre le rire jaune et la sidération que nous procure certaines séquences. Eddington dépeint une Amérique en pleine déliquescence, proche du chaos dans lequel le pays se débat depuis la victoire populiste de Trump. Il ne s’agit plus du fameux rêve américain, mais bel et bien d’un cauchemar où tout le monde s’affronte, où la fraternité n’existe plus, où chacun pense d’abord à sauver sa peau.
Parlons du casting: Joaquin Phoenix endosse de nouveau un rôle borderline de shérif détestable (décidément ces emplois infects vont finir par le figer dans un registre), comme d’ordinaire il y est excellent. Il retrouve sa partenaire de L’Homme Irrationnel, la jolie Emma Stone, sortie de l’univers barré de Lanthimos pour se fondre dans un autre « monde » tout aussi atypique: on regrettera seulement la relative brève durée de ses apparitions. Hyper à la mode et bankable depuis deux ans, Pedro Pascal campe le maire résistant aux coups bas de son adversaire, sans se départir de son charme latin. Ari Aster poursuit ainsi dans une veine philosophique exigeante, en adéquation avec le malaise de la civilisation actuelle. Qu’il synthétise davantage son récit la fois prochaine!
ANNEE DE PRODUCTION 2025.



