Elena est une princesse polonaise extrêmement séduisante, s’enthousiasme vite, mais se lasse tout aussi rapidement pour les êtres et les causes qu’elle croit nobles. Aussi est elle l’inspiratrice d’un musicien compositeur, puis d’un industriel et enfin du héros du jour, le général Rollan…
Elena et les Hommes vient clore la trilogie que Jean Renoir a initié avec Le Carrosse d’Or: une trilogie sur le spectacle, ses illusions, son monde factice et la vie qui vient parfois le heurter avec sa dure réalité. Sous la forme d’une parabole ironique et joyeuse sur la vanité du pouvoir, Renoir s’inspire de la vie du général Boulanger dans le Paris de la Belle Epoque. Toujours soigneux sur la composition de ses plans, recréant ici une fête de 14 Juillet haute en couleurs, avec une foule de figurants en liesse, il se rapproche du style pictural des impressionnistes et toute la première partie (la plus réussie du reste) est un véritable enchantement. Ensuite, les choses se compliquent: le scénario s’épuise au fil de séquences de moins en moins prenantes, bavardes, où Renoir semble perdre la main sur ses intentions de départ. Certes, l’agitation constante des personnages rappelle les grands passages de son chef d’oeuvre La Règle du Jeu, mais les intrigues amoureuses de cette princesse polonaise peinent à captiver sur la durée. L’ultime partie, se déroulant de nuit et dans une lumière hivernale plus terne, enfonce le clou et frise de peu l’ennui. Une des qualités du métrage cependant demeure l’obsession de Renoir pour rapprocher son cinéma du théâtre, rappelant l’esprit du Carrosse d’Or, la légèreté en plus et l’élégance générale en cadeau bonus. La déception vient surtout du fait que cette fois, la satire ne cadre pas totalement avec le burlesque et que l’on ne s’attache pas facilement aux personnages.
Après avoir fait tourner la première muse de Rossellini, Anna Magnani, Renoir confie le rôle titre à la seconde égérie du maitre italien, Ingrid Bergman. La star suédoise, ex vedette hollywoodienne, était une amie de Renoir dans la vie et les deux artistes cherchaient depuis de longue date un projet commun. Bien sûr, son petit accent donne un charme à sa diction française qu’elle a travaillé d’arrache pied et son Elena s’avère une héroïne délicieuse qu’elle défend avec tout le potentiel dont elle était capable, mais ses partenaires masculins paraissent fades à ses côtés, surtout Mel Ferrer. Jean Marais, juste sorti du triomphe du Comte de Monte Cristo, possède davantage de présence mais sans excès. On peut légitimement parler du début de déclin de carrière pour Renoir avec cette oeuvre mineure dans sa filmographie. Difficile de mettre la barre aussi haut quand on a signé La Grande Illusion, Le Fleuve ou La Bête Humaine.
ANNEE DE PRODUCTION 1956.



