Dans un quartier résidentiel des Etats-Unis, une voiture zigzague. Le père de John, qui mène son fils au lycée, est ivre au volant. Il s’arrête et cède la place à son fils. En arrivant, John croise ses amis qui vaquent à leurs occupations quotidiennes. Elias est en train de prendre des photos des élèves dans le parc. Michelle, élève complexée, aide le documentaliste. Des filles discutent au passage d’un beau garçon. Derrière ce calme apparent se noue un drame.
Éléphant prend pour base centrale le massacre au lycée de Columbine, survenu en 1999, qui causa la mort de treize personnes et ne tombe jamais dans la démonstration plate qu’un simple film policier aurait proposé. Derrière la caméra, le réalisateur Gus Van Sant, un des auteurs les plus doués de sa génération, poursuit son étude de l’adolescence américaine en proie au mal être et préfère axer son traitement autour d’une expérience artistique et esthétique, dépassant le simple fait divers. Grâce à sa caméra, il multiplie les points de vue, suit les déplacements des « kids » du lycée et surtout décrit le quotidien apparemment banal des jeunes. Il évoque mine de rien des thèmes comme l’isolement scolaire, le harcèlement et même l’anorexie (avec les trois amies qui se font vomir en sortant de la cantine). Le choix d’une ambiance douce, faussement calme, pour mieux souligner l’horreur qui se prépare, est accentué par une musique entêtante (quelques accords de pianos répétés d’une scène à l’autre). Ni moralisateur, ni rassurant, Éléphant décrit froidement la barbarie, sans l’expliquer ni la dramatiser. Van Sant saisit des instants de vie avant l’irruption de la mort.
Dans un casting homogène et constitué de jeunes acteurs inconnus, Alex Frost, Alicia Miles, Eric Deulen, Elias Mc Connell se démarquent et incarnent des lycéens plus vrais que natures. Les racines du Mal ne sont pas clairement définies évidemment, cependant Van Sant donne des pistes de « réponses » possibles: l’absence des parents, la vente libre d’armes a feux, l’influence de la télévision et la déshumanisation générale. Le réalisateur, parfaitement en phase avec son époque, observe le monde tel qu’il se présente : brutal, apocalyptique, glaçant. Le jury de Cannes ne s’est pas trompé en lui décernant une belle Palme d’Or.
ANNEE DE PRODUCTION 2003.



