Une femme et son amant passent une nuit chez la femme. Au petit matin, le mari rentre. L’amant découvre que lui aussi a découché pour une femme. Il lui donne un bon prétexte pour l’éloigner à nouveau et rester ainsi deux jours supplémentaires avec sa maitresse…
Un sujet vieux comme le monde: la femme, le mari, l’amant et les imbroglios sentimentaux qui les taraudent! Il n’y a bien que Sacha Guitry pour en parler avec esprit, humour et cocasserie. Faisons un Rêve fut d’abord une pièce qu’il écrivit dans les années 10 et longtemps jouée au théâtre (par son père notamment) puis devint un film vint ans plus tard. Guitry qui ne se faisait aucune illusion sur la prétendue « fidélité » des couples tisse un trio amoureux où l’adultère prend la place centrale et ose traiter de ce thème sans détours à travers des dialogues comme à son habitude drôlement bien troussés. Le film démarre par un prologue mondain avec plusieurs personnages (joués dans des petits rôles par Arletty et Michel Simon notamment) avant de resserrer son intrigue sur deux actes où il mêle à la fois son amour du théâtre et sa volonté de marquer aussi de son empreinte le grand écran. Ce joyeux marivaudage est cependant au niveau de l’écriture très en dessous des chefs d’oeuvres Le Roman d’un Tricheur ou Mon père avait raison: quelques répliques très amusantes subsistent dans un long bavardage parfois un peu lourd. Faisons un rêve se veut une célébration du verbe et des bons mots, n’y parvient pas toujours, malgré un comique de situation relativement en place.
Caméra un peu trop statique à l’appui, Guitry prend surtout plaisir à se focaliser sur sa propre personne et en grand soliste qu’il était, s’octroie tout logiquement le principal rôle (celui de l’amant) car c’est celui qui a le maximum de dialogues, ou plutôt de monologues (la longue séquence au téléphone par exemple, pour aussi délicieuse qu’elle soit, aurait dû être coupée de moitié au montage). Le maitre se délecte de sa prose et aime faire l’acteur, ca saute aux yeux! Au point finalement de ne pas laisser tellement le champ libre à Raimu (quand même!) en mari cocufié et surtout à la charmante Jacqueline Delubac pour lequel le film a été adapté, sachant que la jeune actrice venait d’épouser à la ville son auteur.
ANNEE DE PRODUCTION 1936.



