GABRIELLE

Une maison bourgeoise dans le Paris des années 1910. Gabrielle et Jean Hervey présentent toutes les apparences du bonheur parfait. Un cercle d’amis assidu se réunit chez eux chaque semaine pour des diners mondains, où chacun aime faire de l’esprit et refaire le monde. Cette façade très lisse vole en éclats le jour où Gabrielle laisse une lettre à son mari lui annonçant qu’elle le quitte pour un autre homme…

Pour son neuvième long métrage, Patrice Chéreau adapte un roman de Joseph Conrad racontant la désintégration soudaine (bien que larvée depuis des années) d’un couple de bourgeois installé dans un confort « sentimental » vide, un désir mort, une simple apparence factice de bonheur. Gabrielle permet au réalisateur de La Reine Margot de marier une nouvelle fois sa passion pour le théâtre avec ses décors reconstitués du Paris d’avant la première guerre, un soin particulier apporté aux mobiliers, aux costumes, enserrant ses personnages comme autant de carcans et celle du cinéma pur, puisqu’ici Chéreau utilise des techniques formelles entièrement venues de l’image. Ainsi, il inclut des intertitres en gros caractères comme au temps du muet pour surligner les états d’âmes, il passe du noir et blanc à la couleur en quelques secondes, et surtout il enchaine les mouvements de caméra avec une virtuosité qu’on lui connaissait peu. Très stylisé, Gabrielle présente donc un couple en pleine crise conjugale, dévorés de l’intérieur par tous les mots qu’ils ne se sont pas dit durant des années, crevant sous le poids de leur existence mortifère. Chéreau, au fond, ne fait que relater une histoire de couple usé dans une époque lointaine, mais qui pourrait être la nôtre par l’intemporalité de son propos. On retrouve en outre l’obsession de Chéreau pour les corps, les âmes blessées, la violence verbale et physique, autant de thèmes traités abondamment dans L’Homme Blessé, Reine Margot ou Ceux qui m’aiment prendront le train.

Le duo Isabelle Huppert/Pascal Greggory, qui s’était croisé dans les Soeurs Bronté de Téchiné plus de 25 ans avant, joue une partition difficile, enfiévré, presque radicale. Lui, guindé, colérique, aux abois devant la perte de son union qu’il pensait intouchable, elle, froide et irraisonnée, maitrisant tout en même temps ses silences, ses regards, ses paroles tranchantes. Leur affrontement vaut bien sûr le déplacement, Chéreau en grand directeur d’acteurs n’ayant l’air que de les suivre méthodiquement dans leurs déplacements dans des lieux clos, où ils paraissent enfermés jusqu’à étouffer. Cet étouffement est contagieux, car en une heure et demie, on a la sensation nous aussi de manquer d’air par moments. C’est le seul défaut de ce beau film autopsiant avec acuité les méandres du tourment amoureux.

ANNEE DE PRODUCTION 2005.

REVIEW OVERVIEW

Réalisation
Scenario
Interprétation

CONCLUSION

D'une nouvelle de Conrad, Chéreau a tiré un drame sombre sur les déchirements d'un couple de bourgeois. Quasiment un exercice de style mais qui a du coffre! Huppert et Greggory n'en manquent pas non plus!

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