Fasciné depuis l’enfance par les armes, Bart Tale s’est assagi après un séjour en maison de correction et à l’armée. Mais à son retour en ville, il rencontre dans une fête foraine Anne Laurie Star, la vedette d’un show « western ». Il tombe sous son charme et décide de la suivre en tournée. Un jour, ils sont virés et doivent se lancer dans une série de braquages pour subvenir à leurs besoins. Bart éprouve vite des remords, Laurie en redemande toujours plus…
Personne n’attendait au tournant un petit film fauché dans la catégorie des meilleurs thrillers jamais tournés et pourtant à sa sortie, Gun Crazy ( littéralement Le démon des Armes en français) déjoue tous les pronostics et entre dans la légende du film noir américain. Scénarisé par Dalton Trumbo, alors en pleine tourmente avec la commission des activités menée par Mac Carthy, le film est une sorte de Bonnie and Clyde avant l’heure, contant la cavale meurtrière de deux amants maudits, très portés sur la gâchette. Un mélange détonnant de sexualité assumée et de violence frontale parcourt tout le récit avec une audace rare et surtout la mise en scène de Joseph H. Lewis se démarque complètement des policiers de l’époque. La réalisation est non seulement tonique, mais ne perd pas une minute en séquences superflues, gardant un cap franc et un suspense insoutenable sur sa durée ramassée d’ 1H23! Gun Crazy décrit la marginalité d’un couple lié par l’obsession des armes, l’amour de l’argent et l’amour tout court. Avec ses allures de série B canon, il a ouvert la voie à des tas d’autres films de bandits en fuite, évitant la police et prêts à aller jusqu’au bout de leurs actes. D’ailleurs, une fatalité pesante se fait sentir tout du long, amenant inexorablement vers un final prévisible. Prévisible, mais diablement efficace.
Ce qui frappe également d’emblée, c’est l’alchimie du couple d’acteurs choisi. John Dall avait tourné sous la direction d’Hitchcock dans La Corde (en étudiant machiavélique et assassin) et cette fois, il incarne ce jeune homme follement attiré par les armes à feu, répugnant à tuer son prochain et influencé par sa maitresse, jouée par Peggy Cummins, une actrice britannique à la blondeur diaphane et qui bluffe par son sang froid et sa perfidie. Leur histoire d’amour permet aussi de prendre presque fait et cause pour eux, malgré leur mépris des lois. Souvent imité, rarement égalé (sauf bien sûr par Penn avec Bonnie and Clyde), Gun Crazy est un incroyable film noir dont la réputation fameuse n’est en rien usurpée.
ANNEE DE PRODUCTION 1950.



