Rien ne va plus pour Harry Block, écrivain en panne d’inspiration: celle qu’il aime va épouser son meilleur ami, ses deux ex femmes lui en veulent d’avoir raconté leurs vies intimes dans ses bouquins, et il doit être honoré dans une ancienne université mais n’a plus personne pour l’accompagner. Amateur de prostituées, il demande à Cookie, l’une d’elles, de lui servir de « copine du moment »…
Avec l’âge, Woody Allen exprime de plus en plus souvent son rapport au passé, ses scénarios tournés vers l’introspection et pose un regard mi amusé mi critique sur sa vie d’avant. C’est pourquoi le Harry du titre lui ressemble tant: un écrivain en proie au syndrome de la page blanche revisitant les thèmes favoris de son oeuvre (la psychanalyse, le judaïsme, les putes, les divorces, etc…) et convoquant les personnages fictifs de ses livres pour mieux expliquer sa vie privée. Sous la forme d’un autoportrait au vitriol, Harry dans tous ses états alterne entre passé et présent, conçu comme un puzzle entre la véritable existence de l’écrivain et les héros et héroînes sortis de son imaginaire et correspondant soit à ses anciennes épouses, à son meilleur ami, à ses parents, etc… Beaucoup de drôlerie comme d’habitude avec Woody, à travers des dialogues souvent savoureux, de l’autocritique parfois cinglante (il se définit comme lâche, obsédé sexuel, volage et bien sûr hypocondriaque!), et cumule les idées les plus réjouissantes (le séjour en enfer à plusieurs étages comme pour expier ses fautes multiples, l’acteur flou sur lequel la caméra n’arrive pas à « faire le point », etc…). De ci de là, on pourra toujours accuser Allen de complaisance narcissique certes, pourtant il le fait avec tant d’intelligence et d’humour qu’on ne saurait trouver ce procédé désagréable ou « répréhensible ». Les libertés narratives qu’il met en place peuvent toutefois dérouter par la multiplication des personnages, rendant par moments complexe le récit.
Il a convoqué une distribution étincelante autour de lui, tout en se gardant le rôle central: ainsi, on admire le défilé de stars comprenant Judy Davis, Tobey Maguire, Elisabeth Shue, Stanley Tucci, Robin Williams (flou donc!), Demi Moore, Kirstie Alley, Billy Cristal, etc, etc.. Sans perdre de vue les relations étroites entre l’art et la vie, Harry dans tous ses états constitue un des excellents crus du cinéaste new yorkais, de faire passer tout le mic mac de sa vie personnelle avec une telle lisibilité et une franchise qui l’honore. A coup sûr, une de ses confessions les plus emballantes.
ANNEE DE PRODUCTION 1997.



