Plongée très intime au coeur de la méga tournée mondiale de Madonna Blond Ambition du Japon aux États Unis en passant par l’Europe.
Plutôt que de proposer un énième documentaire sur son spectacle dantesque mêlant théâtre, pop, rock, la chanteuse Madonna a souhaité être filmée dans les coulisses mêmes de la tournée, manière de montrer l’envers du décor et surtout de livrer une part de son intimité. Productrice du film, elle confie la réalisation à un jeune débutant Alek Keshishian et lui laisse carte blanche pour la suivre partout hors de scène, ce qui nous vaut de savoureuses séquences d’une Madone côté privé, nous révélant une femme battante, drôle, parfois intransigeante, énergique au delà de la bête de scène travailleuse acharnée. Il est intéressant de voir ses rapports étroits avec ses danseurs qu’elle materne comme ses propres enfants, ses deux choristes et tout son staff indispensable au bon déroulement du show. Keshishian a opté pour le noir et blanc concernant les séquences de la « vie des coulisses » et revient à la couleur pour les scènes (impressionnantes) de concert live avec ses chorégraphies et sa scénographie incroyables. In Bed With Madonna alterne les moments touchants et ceux plus comiques: ainsi, toute la partie aux Etats Unis nous régale de l’apparition de son père sur scène, de la présence de son amant de l’époque l’acteur réalisateur Warren Beatty (avec qui elle vient de tourner Dick Tracy) visiblement mal à l’aise avec le dispositif de caméras forcément intrusives, ou encore une bouleversante confession sur la tombe de sa mère, morte quand elle avait cinq ans, sur l’air déchirant de Promise to Try. On y constate aussi l’intégrité totale de l’artiste refusant de censurer une partie de son spectacle jugé obscène par les autorités de Toronto et garde intacte la masturbation simulée du numéro de Like a Virgin.
On connaît le fort désir de Madonna pour devenir aussi une star du grand écran et même si ses prestations d’actrice lui ont rarement apporté le succès espéré (hormis pour Susan et Evita), ici elle peut à la fois être elle même et jouer en permanence avec son image, contrôlant tout de A à Z. La partie européenne nous gratifie aussi de participations de Pedro Almodovar, Antonio Banderas( qu’elle drague sans vergogne!) ou de Jean Paul Gaultier, créateur des costumes légendaires du show. Non sans humour, Madonna ose montrer des côtés moins reluisants de son statut de star, la solitude qui en découle, du comportement forcément biaisé de ses « proches ». Présenté à Cannes hors compétition, le documentaire fut précédé d’un parfum de scandale finalement assez inoffensif : il prouva surtout qu’en femme de tête intelligente et vivant librement sa sexualité, Madonna méritait amplement son titre de reine de la pop. Keshishian, lui, contribua par un style « cinéma vérité » à nourrir encore davantage le mythe de cette grande dame controversée.
ANNEE DE PRODUCTION 1991.



