A l’approche de la retraite, Eve, une décoratrice d’intérieur, est abandonnée soudainement par son mari. Cette annonce va mettre en lumière les relations conflictuelles qu’elle entretient avec ses trois filles, Renata, Joey et Flyn. Rongées par la détresse de leur mère et par la somme des rancoeurs accumulées, les trois femmes se noient dans leurs obsessions profondes…
Annie Hall venait de sortir à peine quelques mois plus tôt et tout le monde croyait dur comme fer que Woody Allen, autoproclamé comique américain le plus doué de sa génération, allait persister dans cette veine où il excelle tant! Erreur! Woody prit critiques et public à revers en réalisant Intérieurs, un drame psychologique sombre sur une famille en pleine déliquescence. Avec de fortes sonorités bergmanienne (le cinéaste suédois étant notoirement son maitre en cinéma), Allen plonge dans ce récit sinistre, pour ne pas dire déprimant, et nous fait partager les émois et états d’âmes de trois soeurs bouleversées par la dépression nerveuse de leur mère. La famille vient de subir l’annonce du départ du père, tombé amoureux d’une autre femme et désireux de tourner la page de trente ans de vie commune. Intérieurs, malgré son sujet plombant, bénéficie des belles images de Gordon Willis, du décor mi apaisant mi angoissant d’une maison en bord de plage, de personnages souffreteux qui extériorisent leurs peines et leurs douleurs face caméra dans des joutes verbales intenses. Ca ne rigole plus du tout dans cet Allen là! Le final que l’on ne racontera pas bien sûr, enfonce le clou d’un pessimisme inhabituel chez l’auteur de Manhattan, critiquant ouvertement les moeurs de la famille américaine et son image souvent trop policée. Dire qu’il réussit aussi finement son étude de caractères que Bergman serait faux, mais enfin il ne démérite pas du tout et il faut saluer ce courageux revirement de genre.
Le casting comprend les actrices Maureen Stapleton, Geraldine Page (remarquable), Kristin Griffith, Mary Beth Hurt et la délicieuse Diane Keaton (dans un rôle dur à mille lieux de la légèreté d’Annie Hall). Les hommes n’ont pas franchement la côte ici et Woody les dirige sèchement (Sam Waterston, Richard Jordan, E.G Marshall), signifiant à demi mots que les problèmes affectifs et mentaux des héroïnes viennent de leur lâcheté, de leur inaptitude à les protéger, de leur médiocrité. A souligner la finesse du traitement sur les rapports mère/filles, chaotiques et douloureux, coïncidant la même année avec Sonate d’Automne, l’un des plus bel opus de Bergman. Woody gagne en maturité et en profondeur.
ANNEE DE PRODUCTION 1978.



