Veuve d’un ancien résistant, Judith Therpauve accepte de prendre la direction d’un grand quotidien La Libre République, fondé au lendemain de la Libération. Mais, très vite, elle se heurte aux manoeuvres des uns et aux revendications des autres…
Son premier film La Chair de l’Orchidée avait confirmé son aptitude à allier théâtre et cinéma et Patrice Chéreau opte pour le portrait de femme comme matière de son deuxième opus. Judith Therpauve est une femme vieillissante se lançant le défi de sauver l’indépendance de son journal, envers et contre tous. Avec l’aide du scénariste George Conchon, pilier du cinéma plaidoyer, Chéreau trace un récit intéressant et assez mystérieux au fond puisque les vraies motivations de son héroïne demeurent floues (fait elle ça pour retrouver sa dignité, sortir de sa solitude, mesure t’elle les obstacles qui l’attendent?): dans ce combat, on retrouve l’engagement crucial d’une équipe pour défendre la liberté d’expression, contrer le rachat par les politiques des grands groupes de presse, et si ce combat semble perdu d’avance, on prend un intérêt certain à en suivre les étapes. Le futur auteur de La Reine Margot ajoute sa pierre à une tendance marquée du cinéma des années 70: celles des fictions de gauche adoubées par les Boisset, Cayatte, Rouffio. Il n’échappe pas toujours aux pièges du manichéisme (dignes provinciaux contre capitalistes sournois) mais retombe habilement sur ses pattes en prenant une hauteur de vue par rapport à son sujet.
Confiant le rôle titre à celle qu’il avait déjà dirigée dans La Chair, Simone Signoret, Chéreau lui laisse champ libre pour investir l’espace et dominer le tout avec son regard perçant, sa présence magnétique, son aura (plus à démontrer). Il s’agit d’ailleurs du dernier grand personnage de Simone qui ne tournera ensuite que des films mineurs. Le reste du casting comprend Philippe Léotard en jeune journaliste qu’elle prend sous son aile, Robert Manuel, François Simon, etc… Dans ce milieu d’hommes, cette femme de tête obstinée et habituée à lutter (après ses années dans la Résistance) fait figure de personnage très moderne (en cela, le film n’a pas pris une ride). Judith Therpauve a peu convaincu public et critiques à sa sortie: une injustice à réparer, au moins pour Signoret.
ANNEE DE PRODUCTION 1978.



