Le juge américain Haywood arrive à Nuremberg pour présider le procès de quatre juristes allemands accusés d’avoir légalisé les atrocités nazies. Mais tandis que les récits de stérilisations et de meurtres se succèdent dans la salle d’audience, Haywood subit des pressions politiques de plus en plus insistantes en faveur de l’indulgence.
Ce qui fut le plus retentissant procès de toute l’histoire de l’humanité, celui des anciens criminels nazis jugés à Nuremberg, ne pouvait en toute logique qu’aboutir à une adaptation sur grand écran. C’est Stanley Kramer, poids lourd d’Hollywood qui est en charge de raconter ses longs mois d’instruction au cours desquels des magistrats eurent à écouter, notifier des dizaines de témoignages avant de rendre une décision de justice la plus exemplaire. Superproduction d’ampleur par sa durée (3 heures en tout), Jugement à Nuremberg s’inscrit dans la pure tradition des films de procès avec de longues séquences de dialogues (et encore davantage de monologues) revenant sur les horreurs commises par le IIIe Reich pendant la guerre. Le film, pour aussi passionnant que soit son sujet, pâtit justement d’une certaine lourdeur dans le traitement, Kramer se bornant à filmer ses personnages en plans fixes, avec une sobriété compréhensible mais qui du coup, l’empêche aussi de « prendre des risques » dans sa mise en scène. Il n’empêche que le scénario soulève des questions cruciales: est ce une excuse recevable que de prétendre n’avoir pas su ce qui se passait toutes ces années? est ce que l’indifférence n’est pas une forme déguisée de complicité? jusqu’à quel point doit aller la complaisance d’un juge? Les rapports opposant la justice et la Raison d’Etat ressortent clairement dans l’ensemble du récit et Kramer ose aussi montrer des images traumatisantes des camps d’extermination, manière de ne jamais oublier l’innommable. Sorti en pleine guerre froide, le film revient sur cet épisode sombre avec près de 15 ans de recul.
Comme toute grosse production qui se respecte, Jugement à Nuremberg a été bâti autour d’une distribution choc afin d’attirer le plus large public possible. Spencer Tracy, droit comme un I, est parfait en juge plein de doutes, Burt Lancaster d’abord muré dans un silence glaçant compose un ancien juriste allemand complice des crimes contre l’humanité, Maximilian Shell joue un avocat fougueux, Marlène Dietrich campe la veuve d’un général et parachève en beauté l’engagement qui a été le sien pendant la guerre contre le régime hitlérien. Enfin, deux magnifiques participations retiennent l’attention: Montgomery Clift et Judy Garland entrent dans la peau de deux victimes collatérales livrant des témoignages puissants. Pas vraiment aimable, trop didactique sûrement, ce Jugement à Nuremberg a tout de même le courage de condamner la cruauté et la lâcheté humaine, la banalisation du Mal: en cela, il doit être pris en considération.
ANNEE DE PRODUCTION 1961.



