Lorsqu’un incident se produit à l’école, les parents des jeunes Armand et Jon sont convoqués par la direction, mais tout le monde peine à expliquer ce qui s’est réellement passé. Les récits des enfants s’affrontent et divergent, les certitudes des adultes s’effritent peu à peu…
Ce tout premier long métrage a d’emblée attiré les projecteurs sur lui du fait qu’il soit réalisé par un certain Halfdan Ullmann Tondel, petit fils de l’immense Ingmar Bergman et de l’actrice non moins légendaire, sa muse Liv Ullmann. Autant dire qu’il y a pire comme « héritiers » artistiques! La Convocation débute un peu à la manière du Carnage de Polanski (écrit par Yasmina Reza) où des parents vont devoir régler le conflit de leurs enfants, sauf qu’ici il s’agit carrément d’une agression sexuelle entre deux gamins de six ans, augmentant de ce fait le malaise immédiat disséminé par le script. Sous la forme d’un huis clos suffocant où chaque partie veut faire entendre sa voix et sa version des faits (en l’absence totale des enfants concernés), le film ne fait pas dans la légèreté et établit parfaitement une évidence implacable: la difficulté de dénouer le vrai du faux, les faux semblants s’immiscant d’entrée dans les échanges. Le jeune cinéaste norvégien a beau être débutant, il scrute fort bien les visages, a compris l’importance des regards, le poids des silences aussi et son scénario nous happe autant par la teneur du propos que par l’envie de connaitre l’issue de cette histoire malaisante. Les merveilleuses promesses du début peinent ensuite pourtant à se confirmer, car les situations déraillent (comme ses personnages du reste) vers de déroutantes séquences quasi surréalistes (le fou rire d’Elisabeth, la mère du jeune garçon accusé, puis sa danse improvisée dans les couloirs de l’école, enfin le long corps à corps érotico violent dont on a clairement du mal à saisir la signification). Dès lors, La Convocation perd presque de son sérieux et de sa force.
L’actrice norvégienne Reinate Reinsve, deux fois superbe chez Joaquim Trier (notamment dans le très récent Valeur Sentimentale) entre sans difficulté dans la peau de cette mère recevant les terribles accusations sur son fils comme un tsunami dévastateur et qui passe par presque tous les états pour signifier sa sidération. Son jeu frise par moments la « recherche de performance », pourtant elle assoit concrètement ses capacités et provoque de vives émotions. Sa partenaire Ellen Dorrit Petersen rappelle un peu la sécheresse de Bibi Andersson, sa duplicité se faisant jour peu à peu, éclairant le film d’un autre regard. Les qualités réelles de ce premier travail de réalisateur se trouvent presque toutes dans la mise en scène (attentive et chirurgicale, avec des côtés Haneke), ce qui fait d’autant plus regretter que la tournure prise par le traitement n’en soit pas à la hauteur. La Convocation a obtenu la Caméra d’Or à Cannes en 2024.
ANNEE DE PRODUCTION 2024.



