Alphonsine Plessis quitte sa Normandie à 19 ans pour rejoindre Paris. Elle devient courtisane aimée par Alexandre Dumas fils qui la nommera Marguerite Gauthier dans son roman. Bien qu’elle soit mariée, elle aura aussi Franz Liszt comme amant et meurt de la tuberculose…
Le roman le plus célèbre d’Alexandre Dumas, La Dame aux Camélias, paru en 1848 eut les honneurs du cinéma depuis les heures du muet jusqu’à l’adaptation hollywoodienne vampirisée par Greta Garbo, mais aussi des productions françaises modestes dans les années 50. La Gaumont institua une nouvelle version sous l’égide de l’italien Mauro Bolognini, alors en fin de parcours après une carrière intéressante, mais restée dans l’ombre des grands maitres tels que Visconti, Pasolini, Scola, etc… Attiré par le romantisme noir, Bolognini opte pour un ton funèbre et inscrit le personnage de Marie Plessis comme une femme en sursis, vivant des amours malheureuses après avoir vendu son corps et vouée à une mort prématurée. Du point de vue de la reconstitution et du soin apporté aux images, il serait injuste et malvenu de tirer à boulets rouges, car il s’agit justement de la plus grande qualité d’un film qui, par ailleurs, en est dépourvu sur le reste. La réalisation met à distance tout du long par sa froideur clinique, sa manière de filmer avec une lenteur harassante, son besoin d’étirer des séquences jusqu’à les rendre indigestes. Quant au récit, il a pour seule « originalité » d’installer une mise en abime avec un opéra de Verdi monté autour de l’histoire du livre et qui ouvre et ferme le film, comme pour nous rappeler que tout ça n’est qu’illusions et fiction. Bolognini, obsédé par le décor, mise tous ses jetons sur les tableaux, les costumes, les intérieurs étouffants, assumant sa parenté avec le goût d’esthète de Visconti: hélas il en oublie d’y apposer une vraie vision et fait de sa Dame un objet glacé et ennuyeux.
Dans la foulée de ses rôles majeurs de l’époque (Loulou, Coup de Torchon, La Porte du Paradis), Isabelle Huppert incarne la Gauthier de manière spectrale, le teint livide, avec son jeu minimaliste, sa beauté diaphane. Dans un final assez outrancier, elle vomit du sang à n’en plus pouvoir, comme une mauvaise répétition de ce qu’elle fera dans Madame Bovary de Chabrol, dix ans plus tard. Quant à ses partenaires masculins, ils ont beau être prestigieux (Gian Maria Volonté, Fernando Rey, Bruno Ganz), ils semblent restreints dans leurs personnages, tant Bolognini n’accorde de l’attention qu’à Huppert. Autre élément négatif à imputer: le montage, abrupt et bourré d’ellipses, qui était moins gênant dans la version télévisée qui fut tournée et qui durait plus de 3h. Celle ci en fait à peine 1H55 et on regarde déjà sa montre entre deux baîllements!
ANNEE DE PRODUCTION 1981.



