Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d’y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d’un système impitoyable.
Il est toujours très agréable et intéressant de découvrir les premiers pas d’un tout jeune cinéaste en devenir et avec cette Guerre des Prix, Anthony Dechaux marque d’emblée de sa personnalité avec un sujet fort. Le profit avant tout, au détriment de l’humain, déjà au centre des films sociaux de Stéphane Brizé comme En Guerre ou La Loi du Marché, a droit à une description sans concessions dans ce scénario tenu de bout en bout, nous plongeant dans le milieu de la grande distribution. La réalisation tendue comme un arc tient en haleine sans faillir, suivant la trajectoire d’une jeune femme propulsée dans des sphères aussi attrayantes que détestables. En se servant des codes inhérents au thriller, le récit nous embarque en contournant les formules toutes faites, adoptant le point de vue de l’héroïne idéaliste sur le cynisme ambiant, se débattant entre son ambition démesurée et les réalités du monde de l’entreprise. La Guerre des Prix parle aussi justement de la place peu enviable des petits producteurs, de la précarité du métier d’agriculteur: une sorte de tableau lucide sur le combat des faibles contre les forts. Dechaux semble s’être méticuleusement documenté sur les négociations commerciales afin de rendre son propos le plus réaliste possible et on y croit!
En tête de casting, la discrète Ana Girardot, obstinée, jonglant entre ses désirs de justice sociale et les décisions que sa hiérarchie lui impose étonne positivement avec un jeu réfléchi. Elle fait face à Olivier Gourmet, une fois de plus excellent, en impitoyable ponte antipathique et froid. Les seconds rôles ne se débrouillent pas trop mal, de Julien Frison à Jonas Bloquet. Habilement mené, le film suit sa logique imparable sans concéder de terrain à un manichéisme facile. Autant de bonnes raisons de suivre de près Anthony Dechaux et d’attendre avec impatience son second opus.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



