Evocation des années de guerre d’Oskar Schindler, un fils d’industriel d’origine autrichienne rentré à Cracovie en 1939 avec les troupes allemandes. Il va, tout au long de la guerre, protéger des juifs en les faisant travailler dans sa fabrique et en 1944, sauver huit cent hommes et trois cent femmes du camp d’extermination d’Auschwitz Birkenau…
La même année 1993, Steven Spielberg a sans doute réalisé le plus grand écart possible en signant à quelques mois d’intervalle un sommet du divertissement avec le blockbuster Jurassic Park et ses dinosaures fascinants et le drame historique et véridique relaté dans cette Liste de Schindler, où il fait montre d’une ambition artistique supérieure (désir d’affirmer son côté « auteur » capable de traiter de sujets sérieux, voire graves). La persécution des Juifs le touchant évidemment personnellement puisqu’il a lui même perdu certains membres de sa famille dans les camps de la Mort. Le récit s’articule autour de la figure d’un homme, Schindler, industriel richissime affilié au régime nazi, et qui sauva la vie de milliers de juifs promis au pire. Par le choix esthétique d’un noir et blanc sublime, d’images fortes élaborées par son chef opérateur Janus Kaminski, Spielberg raconte bien sûr la barbarie nazie et en contrepoint l’humanisme d’un seul individu ayant le pouvoir (par l’argent) d’épargner des vies humaines. Il ne craint pas d’ajouter du lyrisme dans un ensemble très documenté et respectant les faits réels, comme cette séquence où la couleur s’invite brusquement par une fillette vêtue d’un manteau rouge que Schindler voit durant la rafle du ghetto de Cracovie. Ce « détail » met son personnage en dehors de la société voulue par les Nazis, le différencie des « monstres » en quelque sorte. Le film a suscité de vives réactions négatives de la part de certains critiques et même de Claude Lanzmann lui même (auteur de Shoah), reprochant à Spielberg d’avoir « embelli' » la réalité avec des moyens purement hollywoodiens et factices. En tout cas, il dénonce et relate un épisode de l’Histoire qui redonne foi en l’Homme.
En Schindler, Liam Neeson, jusque là acteur discret, a trouvé un personnage complexe à défendre admirablement et son partenaire Ben Kingley, ex Gandhi, campe son comptable juif avec une vérité profonde. Révélation marquante aussi pour Ralph Fiennes, incarnant l’officier SS Amon Goeth, d’une cruauté inimaginable envers les prisonniers des camps, usant de son pouvoir de vie et de mort jusqu’au sadisme. La Liste de Schindler fut cité pour douze nominations aux Oscars, en remporta 7 (dont celui du meilleur film et meilleur réalisateur), un également pour la BO signée John Williams (un score de toute beauté). En représentant l’Holocauste à sa façon, Spielberg témoigne de la tragédie absolue avec une rigueur morale indiscutable et ses dernières images (en couleurs) des vrais survivants de Schindler ferment son film avec une émotion palpable.
ANNEE DE PRODUCTION 1994.



