Egaré dans l’espace-temps, un engin spatial américain s’écrase en 3978 sur une planète inconnue. Les astronautes Taylor, Landon et Dodge découvrent que les hommes primitifs de cette planète mystérieuse sont placés sous le joug de singes très évolués…
D’après le fameux roman de Pierre Boulle, La Planète des Singes a marqué un tournant dans le genre de la science fiction, au même titre que le 2001 de Kubrick, sorti la même année 1968. L’histoire extraordinaire d’astronautes atterrissant sur une planète inconnue des milliers d’années après le début de leur voyage et tombant sur des singes évolués qui ont remplacé l’espèce humaine ne pouvait que fasciner et passionner les producteurs de cinéma. A la fois prenant et intelligent, le récit aborde des thèmes aussi profonds que l’intolérance, le fanatisme religieux, la peur de l’autre, la domination relative de l’homme sur la nature. La découverte de l’écosystème après la traversée du désert et des paysages lunaires devient le point d’orgue du film et encore davantage quand les singes font leur apparition montrant que le rapport de forces animal/homme s’inverse et que les astronautes sont réduits à l’état de servitude. Le réalisateur Franklin J. Schaffner dépeint un monde perdu dans une ambiance désespérée et ouvre un champ de réflexion philosophique quasi infini sur l’avenir de l’humanité. Le maquillage signé John Chambers aboutit à un grimage simiesque convaincant (on pourra trouver ça un peu vieillot aujourd’hui, mais le côté artisanal mérite bien des éloges). En supplément de la science fiction proposée, La Planète des Singes possède aussi tous les atouts du film d’aventures digne de ce nom. Ponctué de séquences ancrées dans les mémoires (le crash du vaisseau spatial, la capture de Taylor, le tribunal où il tente d’expliquer l’origine de l’homme et des primates, et enfin le tout dernier plan que l’on ne dévoilera pas ici constituant un des finals les plus incroyables de tout le 7e Art!).
Après Les Dix Commandements et Ben Hur, Charlton Heston est propulsé dans cet univers, physique et corps sculpté, mâchoire carrée, héros déchu qui lutte pour sa survie. Roddy McDowall et Kim Hunter incarnent Cornelius et Zira, les deux singes scientifiques bienveillants et Maurice Evans le méchant Zaius décidé à ne pas dévoiler comment cette nouvelle société a émergé. Schaffner utilise sa caméra à très bon escient, sachant doser l’action, les dialogues, le suspense et la surprise, doué aussi pour filmer les paysages envoutants de la « zone interdite ». Pour toutes ces raisons, La Planète des Singes est non seulement rentré dans l’Histoire, transcender le bouquin de Boulle, avant de devenir une franchise lucrative avec plusieurs suites d’inégale qualité. Soyons charitables et n’évoquons pas les remakes, aussi inutiles que sans âmes.
ANNEE DE PRODUCTION 1968.



