Paul Braconnier vit un enfer conjugal avec sa femme, une mégère alcoolique et vulgaire. Chacun cherche le moyen de supprimer l’autre. Paul se rend alors chez un célèbre avocat connu pour ses nombreux acquittements qui lui « apprend » involontairement comment commettre un crime parfait! Rentré chez lui, Paul tue sa femme, se constitue prisonnier et « oblige » l’avocat de le défendre dans un procès retentissant…
Sacha Guitry a connu l’immense succès des différentes adaptations au cinéma de ses propres pièces de théâtres (Quadrille, Faisons un rêve, Roman d’un tricheur, Désiré, etc…) et jusqu’à la guerre jouissait d’une notoriété sans égale. A la Libération, accusé de complaisance avec l’ennemi, la roue tourna et il fut mis au ban des artistes, connut plusieurs années de retrait « involontaire » avant de renouer avec le cinéma et de faire preuve d’une écriture beaucoup plus sombre et pleine de rancoeur. La Poison en est sûrement le sommet. Cette comédie caustique sur le couple et sur l’enfer vécu par deux époux ne pouvant plus se sentir a bien entendu au premier abord des contours franchement hilarants, mais ne nous y trompons pas: l’esprit et le ton y sont féroces, méchants, et Guitry y règle ses comptes avec la société et la justice sur laquelle il n’a pas que de bonnes opinions. Le maitre y déploie un humour noir charbon, fait quasiment l’apologie du crime parfait et fait passer avocats et juges pour des guignols, en tout cas pour des pantins que son héros Braconnier manie à sa guise! Remonté contre la veulerie et la bassesse, Guitry orchestre La Poison comme un conte amoral et se régale à ne pas « rentrer dans le moule des valeurs traditionnelles ».
Il fait enfin tourner un comédien qu’il admire depuis toujours et lui offre ce rôle goguenard d’époux assassin narguant les autorités: Michel Simon, si extraordinaire, qu’il est proprement impossible de voir la césure entre son naturel d’homme provocateur et le personnage qu’il interprète avec tant de délice. Il s’agit sans nul doute de sa meilleure composition depuis ses sommets renoiriens (Boudu, La Chienne). A ses côtés et non moins brillants, on peut citer Jean Debucourt, Germaine Reuver en épouse alcoolo détestable, Louis de Funès et la fidèle Pauline Carton. La Poison fut accusé pêle mêle de misogynie, d’éloge du mensonge, mais n’oublions pas de souligner que Guitry y critique aussi très intelligemment les retombées médiatiques de l’affaire, redonnant un coup de peps à l’économie du village! De ce point de vue, le film est en avance sur son temps en désignant les médias comme des vautours rôder autour d’une charogne. Le rire y est jaune et terriblement salvateur du même coup!
ANNEE DE PRODUCTION 1951.



