Pendant la Guerre Froide, en 1984, en Allemagne de l’Est, la Stasi fait régner la terreur sur la population, sans cesse épiée, interrogée, arrêtée à tort et à travers. Un régime totalitaire s’est installé et fait la chasse à tous ceux qui n’épousent pas les idées du Parti Communiste. Werd Geisler, un des officiers de ce système, est chargé de surveiller et de mettre sur écoute un dramaturge réputé, Dreyman, et sa compagne l’actrice Christa Maria pour les prendre en flagrant délit de trahison…
Après des décennies fastes grâce notamment à Rainer Werner Fassbinder, le cinéma allemand a chuté considérablement et échoué à s’exporter ailleurs en Europe, jusqu’aux années 2000 voyant quelques belles oeuvres se frayer un chemin et trouver leur public, comme L’expérience ou le réputé Good Bye Lenin. Mais celui qui a incontestablement marqué les esprits c’est bien La Vie des Autres. Ce tout premier long métrage d’un certain Florian Henckel Von Donnersmarck, sidérant de maitrise dans sa mise en scène très efficace, relate les heures sombres de l’Allemagne de l’Est, alors sous l’emprise d’un communisme radical épiant chaque citoyen pour mieux les dominer. Le film retrace de manière glaçante l’inhumanité d’un système avant la chute du Mur de Berlin et s’articule autour d’un récit à mi chemin entre le drame humain et le thriller. Le récit décrit les dysfonctionnements de la dictature autour d’un personnage central, censé obéir les yeux fermés à ses dirigeants et à bannir toute forme de liberté. Liberté artistique ici puisqu’il doit prouver qu’un auteur de théâtre et sa compagne sont coupables de divergence politique, sauf que rien ne va se passer comme prévu. La Vie des Autres nous embarque dans un suspense prenant deux heures durant, ne perdant jamais le rythme souhaité ni la tension, renforcée par une sensation d’étouffement: tout ou presque a lieu dans des espaces fermés (mis sur écoute) et où la paranoïa ronge progressivement ces êtres traqués.
Au delà du travail de documentation fort intéressant, le casting a sa part de responsabilité dans la réussite du métrage: Ulrich Muhe, découvert chez Haneke (Le Château et surtout Funny Games) incarne ce rôle complexe d’un limier du pouvoir impitoyable échappant peu à peu à la Force obscure, Sebastian Koch un bel acteur allemand vu précédemment dans Black Book joue le dramaturge, Martina Gedreck (moins connue chez nous) campe l’actrice prise dans les filets du régime et impressionne par son jeu intense. La Vie des Autres montre combien les sentiments, l’amour et surtout l’Art peuvent transformer le pire des salauds en homme bon et en faire un héros solitaire imprévisible. Le film n’a pas volé son Oscar du Meilleur Film Etranger.
ANNEE DE PRODUCTION 2006.



