Wyoming, 1870. Vern Haskell doit se fiancer avec la jolie Beth dont il est très épris. Mais cette dernière est violée et tuée par un bandit qui prend la fuite. Bien décidé à la venger, Vern part à la recherche du coupable avec pour seul indice le nom de « Coup de chance ». Il découvre qu’il s’agit d’un ranch tenu par une ancienne chanteuse de cabaret du nom d’Altar Keane. Un ranch abritant toutes sortes de hors la loi en fuite, en échange d’une partie de leurs larcins…
Au milieu de sa période américaine, l’exilé Fritz Lang décida de mettre de côté son penchant pour le film noir et s’atteler à un western. Mais un western justement empreint de ses thèmes favoris, à savoir la culpabilité, la vengeance et le meurtre. Ainsi naquit L’Ange des Maudits qu’il façonne de la même manière que le fera Nicholas Ray deux ans plus tard avec le somptueux Johnny Guitare: des décors baroques, une théâtralité assumée, une mise en scène plutôt tranquille et de longues séquences de dialogues (sans doute au détriment de l’action qui vient tard et n’est pas le moteur principal de l’intrigue). On peut d’ailleurs regretter que le script soit succinct et peu original (un cow boy recherche l’assassin de sa petite amie pour se venger), Lang ayant dans le passé élaborer des récits plus ambigus et plus complexes. Il n’empêche que l’ambiance crépusculaire, le sentiment de fatalité pesante aboutissent à une oeuvre de bonne facture, agrémentée de flash backs et surtout d’une lancinante chanson que l’on entend du début à la fin, intitulée « Chuck a Luck » en rapport avec le nom du ranch dirigé par l’héroïne fatale.
Héroïne mythique tenue par une non moins fabuleuse légende, Marlène Dietrich, que Lang rêvait de faire tourner depuis de longues années et qui lui a écrit ce rôle de tenancière de saloon bien complaisante avec les bandits de tous poils. Marlène en Technicolor, plus superbe que jamais, portant de belles toilettes, des bijoux étincelants et entonnant même une ballade mélancolique comme souvent dans ses films. Ses deux partenaires masculins, Mel Ferrer et Arthur Kennedy, semblent assez fades comparés à elle. Reconnaissons que sans Marlène, cet Ange des Maudits n’aurait sûrement pas connu pareille renommée. Nul doute que Lang fut autrement mieux inspiré avec ses films suivants, Règlements de comptes ou La Cinquième Victime.
ANNEE DE PRODUCTION 1952.



