A Chinatown, le flic Stanley White, ancien vétéran du Vietnam et fils d’immigrés polonaise, mène une guerre sans merci à la mafia chinoise et aux gangs ultra violents qui font régner la terreur dans le quartier. Marié avec Connie mais connaissant des problèmes de couple, Stanley s’amourache d’une jeune journaliste chinoise, Tracy, qui rend compte des agissements de Joey Tai, un ambitieux homme d’affaires trempé dans des combines louches…
Quatre ans après le naufrage artistique et financier des Portes du Paradis, Michael Cimino, alors considéré comme un auteur maudit et persona non grata à Hollywood, se voit « sauvé » par le producteur Dino de Laurentiis et le scénariste Oliver Stone, lui donnant la possibilité de se « refaire » avec ce thriller fièvreux situé dans les bas fonds troubles d’un Chinatown gangréné par la corruption, la drogue, les gangs mafieux. En lutte contre ces triades néfastes autant qu’avec les fantômes de son passé de soldat au Vietnam, le personnage principal se met en tête de ramener l’ordre et d’apprendre à la communauté chinoise les règles du système américain. Cimino manie sa caméra avec un brio sans égal, par la grâce d’une mise en scène canon, bourrée d’idées, par la succession de séquences brillamment élaborées, où la violence la plus crue ne nous est pas épargnée. Le sang coule, les tirs pleuvent, les têtes tombent, la vie ne tient qu’à un fil dans cette ambiance mortifère de polar « eighties » aussi divertissant que tenté par les gouffres de la tragédie. Comme avec Voyage au Bout de l’Enfer et Les Portes du Paradis, Cimino défend une certaine vision de l’Amérique, terre d’accueil d’une immigration variée, où chacun voudrait imposer ses codes et ses valeurs.
En policier jusqu’au boutiste cabossé, Mickey Rourke trouve un de ses rôles les plus forts, sa présence magnétique allié à un jeu instinctif ne peut que nous faire regretter de ne plus le voir employé depuis ses diverses dérives (drogue, alcool, autodestruction). Ce fut un acteur intense et hélas trop « fragile » pour établir de plans de carrière. John Lone, son rival, deux ans avant sa consécration dans Le Dernier Empereur, incarne un type au visage impassible et capable des pires horreurs. Le poids de la fatalité pèse tout du long sur ses personnages et dans leur course frénétique vers la rédemption, ils s’affrontent chacun pour imposer leurs vérités, leurs convictions, faisant de cette Année du Dragon un thriller marquant, intact ou presque, quarante ans pile après sa sortie.
ANNEE DE PRODUCTION 1985.



