Harpagon, un bourgeois avare, a un fils, Cléante, et une fille, Elise. Cette dernière est amoureuse de Valère, qui ne trouve d’autre solution pour se rapprocher de sa bien aimée que de se faire embaucher chez son père comme intendant. Cléante, lui, aime Marianne, une jeune femme sans aucune fortune que Harpagon veut aussi épouser. Le vieux bourgeois décide de marier sa fille au Seigneur Anselme car il accepte d’en faire son épouse sans dote…
Comédie en cinq actes de Molière, L’Avare fut joué des centaines de fois au théâtre, mais le cinéma ne se risqua à l’adapter qu’en 1980, sous l’impulsion du producteur Christian Fechner et surtout de Louis de Funès, désireux de jouer Arpagon depuis de longues années. La rencontre de ce grand texte classique et du comique numéro un des français aboutit à un résultat mitigé. En partageant la mise en scène avec Jean Girault, son complice de toujours, De Funès opte bien sûr pour un strict respect des mots de Molière certes, mais en y injectant son propre style fait de mouvements incessants, de « mime » et de bruits, utilisant son corps et son intonation pour créer le rire. Cette union finalement improbable entre classique et moderne fonctionne en de brefs instants et échoue hélas la majorité du temps, on sent l’acteur brimer par le cadre forcément restreint du théâtre filmé. Car oui, la réalisation n’est jamais assez inventive pour sortir de cet écueil et l’aspect artificiel de l’ensemble prend le dessus sur toute tentative de « faire du neuf avec du vieux ». Ainsi, les décors monotones (un salon, une rue, un jardin) se répètent avec une platitude dommageable et Girault/De Funès peinent à rendre vivant les joutes verbales de ce grippe sous hargneux et drôle malgré lui. Car oui, il subsiste quelques passages amusants et des idées positives (les regards face caméra volontaires, les dessins d’Uderzo), et des comédiens qui se donnent du mal tout en s’amusant.
Ainsi, De Funès entre dans la peau d’Harpagon, riche et avare jusqu’à enterrer sa cassette pleine d’or pour éviter d’être volé, essayant de rajouter des gags visuels de son cru, mais il n’éructe pas (ou presque), ne tape pas du pied (juste un peu), ne hurle pas (mais bouillonne quand même): bref, c’est un De Funès « light » et statique, ce qui, de notoriété publique, n’était pas son fort. A ses côtés, les fidèles l’entourent: Claude Gensac en Frosine, l’entremetteuse vêtue d’une robe fuchia flashy, Michel Galabru prend les traits de Maitre Jacques, cuisinier et cocher, Bernard Menez joue La Flèche, le valet. Et les enfants sont interprétés par Franck David et Claire Dupray. L’Avare reste donc une expérience unique et à l’ambition louable pour l’acteur star des Gendarmes: dommage cependant qu’elle soit dépourvue d’une vraie vision artistique.
ANNEE DE PRODUCTION 1980.



