1885. La jolie Américaine Jane Callahan est en route pour la Russie. Sa mission consiste à séduire les autorités de l’époque dont l’ influent et fort chauve général Radlov, pour les convaincre d’acquérir une étonnante machine à vapeur qui abat les arbres en un temps record. Mais dans le train qui l’amène à Moscou, elle rencontre le jeune officier Andrei Tolstoï…
Le russe Nikita Mikhalkov, deux fois primé à Cannes, a marqué de son empreinte avec des oeuvres comme Les Yeux Noirs ou Soleil Trompeur. Il y faisait déjà montre d’une flamboyance dans la mise en scène, d’un sens aigu du récit, et d’une vraie personnalité dans le traitement de ses sujets. Mais avec Le Barbie de Sibérie, il s’attaque à une fresque romanesque de trois heures, au budget colossal, située dans la Russie tsariste de 1885: Mikhalkov déploie les grands moyens (Cinémascope, Dolby, des milliers de figurants) pour raconter une superbe histoire d’amour (impossible forcément) aux allures de Docteur Jivago et embarque par la force de ses images. Un film « monstre » où se côtoient un lyrisme absolu, une ironie mordante (dans la description de l’armée russe), le tout en évitant de sombrer dans l’académisme redouté. Truffé de séquences d’anthologie (le soldat affublé d’un masque à gaz qu’il refuse de retirer et bien décidé à faire découvrir la beauté des compositions de Mozart à un militaire lourdaud et inculte, la traversée des forêts de Russie en quête de l’amour perdu, le bal sur une piste de danse très glissante, la confession poignante de Jane, etc…), Le Barbier de Sibérie mêle la petite histoire à la grande, les sentiments au devoir, le miracle d’aimer face aux dures réalités de l’existence, passant allégrement d’un ton plutôt comique dans une première partie et glissant ensuite vers la tragédie dans un mouvement narratif très bien construit.
Mikhalkov dirige un casting international séduisant allant de l’anglaise Julia Ormond (Légendes d’Automne) à l’irlandais Richard Harris, en passant par le russe Oleg Menchikov (déjà dans Soleil Trompeur et que l’on verra chez Régis Wargnier pour Est Ouest). L’épopée ne serait pas complète sans l’ajout d’une bande son musicale bouleversante signée Edward Nicolay Artemyev, un des compositeurs fétiches de Tarkovski. Mikhalkov joue sans arrêt sur la présentation exacerbée des clichés entourant son pays (la vodka, la neige, les fêtes, les bagarres, etc…) et ne fait pas pour autant l’impasse sur la dureté du régime, les manipulations politiques, le bagne, l’exil. Produit avec des capitaux français (Pathé a eu du flair!), Le Barbier de Sibérie renoue brillamment avec le pur mélodrame: pas celui pour midinettes à peine pubères, mais pour les coeurs les plus romantiques. Donc les plus blessés.
ANNEE DE PRODUCTION 1999.



