A Rome, en 1939, Stephen Fermoyle est ordonné Cardinal. Bien avant cela, l’archevêque Glennon l’envoie au fin fond du Canada, où il devient le secrétaire particulier d’un prêtre malade. Lorsque sa soeur meurt en couches, il décide de retourner à la vie laïque…
Otto Preminger avait parlé, au cours de sa carrière, des institutions comme la justice à travers Autopsie d’un Meurtre, de l’armée avec sa version de Jeanne d’Arc, de la politique avec Tempête à Washington et avec Le Cardinal, il se penche cette fois sur la religion et le pouvoir de l’Eglise. Sous la forme d’une fresque historique couvrant une large période allant de 1917 à l’aube de la seconde guerre mondiale de 1939, le film dépeint le portrait d’un prêtre gravissant un à un les échelons pour accéder au rang de cardinal et nous relate son cheminement intérieur faits de doutes, d’engagement, de sacrifices. Stephen, son personnage principal, tend à la fois respecter à la lettre les préceptes du catholicisme et rester connecté aux réalités du monde qui l’entoure en continuant d’oeuvrer pour la tolérance, de combattre le totalitarisme et condamner toute forme de racisme. Conté en flash backs assez harmonieux, Le Cardinal ambitionne de sonder l’ambiguité de la foi, la valeur profonde de la croyance, tout en parlant de nazisme, de ségrégation, d’obscurantisme. Preminger alterne les séquences impressionnantes de foule avec figurants et ampleur et celles plus intimes dans lesquelles Stephen se confronte à sa famille et à la jeune fille qui tombe amoureuse de lui, lors de son passage à Vienne. Le réalisateur de Laura, familier du grand cinéma hollywoodien, ne craint pas d’ajouter des touches de mélodrame savamment distillées et qui n’alourdissent jamais le propos. Sans doute peut on à peine lui reprocher d’avoir étiré son histoire sur presque trois heures, ce qui demeure une durée assez exagérée.
Comme il l’avait fait pour Jean Seberg, Preminger a choisi un quasi débutant pour incarner ce prêtre investi et Tom Tyron, grand et bel acteur américain aux allures de James Bond, se fond dans la peau du personnage avec courage, d’autant qu’il dut subir la tyrannie bien connue de Preminger à son encontre. On retrouve John Huston en cardinal Glennon pour sa première prestation d’acteur et sacrément doué. Carol Lynley, Dorothy Gish, et enfin Romy Schneider embellissent le casting par leur charme. Romy que l’on avait rarement vue aussi belle et émouvante depuis son triomphe dans Sissi et qui tient là un de ses premiers grands rôles « adultes’ après Le Procès de Welles. N’offensant jamais l’Eglise Catholique, Preminger a réussi à parler du rapprochement du Vatican avec l’Allemagne dirigée par Hitler, en oubliant pas de nuancer son jugement et surtout en restant fidèle au thème de la vocation.
ANNEE DE PRODUCTION 1963.



