Au 18ème siècle, une troupe de la Commedia dell’Arte donne des représentations dans une colonie d’Amérique du Sud. C’est une communauté joyeuse, bruyante, animée par Camilla, une maitresse femme jouant Colombine sur scène. Elle a un tempérament volcanique et un soupirant, Felipe, mais ne tarde pas à conquérir les coeurs du toréador local, Ramon, et du vice roi lui même, Ferdinand. Ce succès dérange l’ordre social et agace la cour qui essaie de discréditer l’intruse…
Avant French Cancan et Elena et les Hommes, Jean Renoir entame sa trilogie sur le milieu du spectacle avec Le Carrosse d’Or. Une fable en apparence frivole avec son intrigue de farce où une comédienne au caractère très fort se voit courtisée par trois hommes au son de la musique enchantée de Vivaldi. Renoir n’a sans aucun doute jamais aussi bien utilisé la couleur (même dans Le Fleuve), la couleur exprimant ici la joie, la malice, la fantaisie et l’euphorie, sa mise en scène ne se servant presque pas de champs contre champs, la caméra donne toujours une vision d’ensemble sur ce petit monde des planches. Comédie satirique pas trop méchante, Le Carrosse d’Or se veut un bel hommage à l’Art, au métier de saltimbanque, à la passion de jouer et n’oublie pas de traiter de l’amour, de la jalousie, de la cupidité. L’auteur de La Grande Illusion se pose ainsi, à travers le personnage de Colombine, la question de la frontière presque invisible entre la vie et le théâtre, où l’un finit pour laisser place à l’autre? Renoir ne retrouve pas totalement le génie d’écriture de sa glorieuse décennie 30 (La Bête Humaine, La Règle du Jeu), cependant avec des idées fourmillantes dans le style (toiles peintes, décors en trompe l’oeil, absence de tout réalisme), cette oeuvre se hisse tout de même au rang de ses réussites notables.
Pour ce qui est de l’interprétation, on peut regretter le peu de charisme des personnages masculins (Riccardo Rioli, Duncan Lamont et Paul Campbell) « handicapant » quelque peu la distribution, entièrement portée par la sublime Anna Magnani. L’explosive actrice italienne s’empare de ce joli rôle avec toute la verve qu’on lui connait, pratiquement de tous les plans et dirigée avec maestria par Renoir. Non sans amertume, le final impose de faire des choix, comme Colombine, entre les élans du coeur et le désir dévorant de jouer et le rideau se ferme sur la scène emplie de comédiens comme pour signifier qu’il s’agit là du plus bel endroit sur Terre.
ANNEE DE PRODUCTION 1952.



