Les vacances d’Antoine Maréchal sont bien compromises; à son départ, sa 2CV est réduite en miettes par ma Rolls de Saroyan, un trafiquant. Pour le « dédommager », ce dernier lui propose un voyage à Naples tous frais payés, au volant d’une superbe Cadillac bourrée de drogues et de diamants…
Alors que Louis de Funès vient de connaitre enfin la consécration avec les succès consécutifs de Fantômas et du Gendarme de St Tropez, Gérard Oury, roi de la comédie française, a l’idée de l’engager pour ce Corniaud en l’associant avec le débonnaire et sympathique Bourvil, acteur également très en vogue depuis une bonne décennie. Sur la base d’un scénario relativement astucieux construit sur l’opposition entre deux hommes (ce qui créé immanquablement le rire), Le Corniaud se présente comme un road movie entre Bordeaux et Naples, offrant au passage une vadrouille en Italie ponctuée de quiproquos, de gags, de jeux de mots et au timing comique bien huilé. La cocasserie et le burlesque naissent de la naïveté du héros, conduisant donc une voiture remplie d’héroine et de bijoux précieux, censé passer inaperçu aux yeux des autorités. Superproduction assumée avec couleurs et décors naturels, le film allie la drôlerie et l’évasion, les dialogues ciselés et même si le background du sujet (des gangsters manipulent un pauvre niais pour parvenir à passer leur marchandise en douce) reste une trame narrative déjà vue ailleurs. Mais Oury n’a pas son pareil pour dynamiser sa mise en scène et surtout ne pas sombrer dans l’ennui. Touchant parfois à l’absurde (le gag du tronc d’arbre creux notamment), le film doit beaucoup au muet et à la gestuelle de ses comédiens, jouant autant avec leur corps qu’avec leurs mimiques.
Le duo De Funès/Bourvil dépasse souvent quelques moments plus anodins, leur alchimie fonctionne y compris quand on ne les voit pas forcément ensemble. Ils sont la matrice indispensable du film et le public succombe tout naturellement à leur génie comique. La séquence d’ouverture de l’accident de voiture le plus célèbre du 7e Art donne immédiatement le ton et a marqué toutes les générations. Le Corniaud s’amuse des différences sociales (Maréchal est un modeste employé juste avide de prendre du bon temps en vacances, Saroyan un truand malhonnête et grimaçant qui ne pense qu’à réussir son coup sur le dos d’un innocent). Plus de 11 millions de spectateurs ont fait un triomphe au tandem gagnant qui allait de nouveau se reconstituer un an plus tard pour La Grande Vadrouille.
ANNEE DE PRODUCTION 1965.



