La bonne du couple Foucauld bute sur un mot difficile, alors qu’elle lit un épisode sacrilège de la guerre napoléonienne en Espagne. Echappant à sa surveillance, la jeune Véronique suit un quidam aux allures de satyre qui lui a offert une série de cartes postales…
Avant dernier film de l’espagnol Luis Bunuel, Le Fantôme de la liberté se présente comme une série d’épisodes sans lien logique, où un rien fait déraper le réel, met sans dessus dessous les conventions sociales, les comportements quotidiens. Toujours aussi empreint de surréalisme, le cinéma de l’auteur de Belle de Jour radicalise et porte à son zénith cette tendance à jouer avec le spectateur, à brouiller les pistes et surtout à ne pas suivre une ligne directrice, refusant toute cohérence narrative. Le script est ainsi construit sur un procédé original consistant à suivre l’histoire d’un personnage, puis celle d’un autre après que les deux se furent rencontrés par hasard et ainsi de suite! Loufoquerie, irrévérence, drôlerie et violence feutrée accompagnent la mise en scène facétieuse de Bunuel, toujours associé à Jean Claude Carrière aux dialogues, et on passe allégrement de l’abolition des contraires, des situations proches de rêves, d’autres cocasses (le préfet de police recevant un appel téléphonique de sa soeur décédée, la police enquêtant sur la disparition d’une petite fille… en sa présence, etc…). Bref le cinéaste ne suit que le fil de son imaginaire débridé dans lequel le fameux fantôme du titre serait celui aussi de la liberté de créer, d’inventer des formes inédites de cinéma. Comédie de l’absurde, cet opus bunuelien dénonce la dictature franquiste (dans le prologue où l’un des fusillés s’écrit A bas la liberté), évoque les fantasmes érotiques d’un préfet de police nécrophile, pointe du doigt les dérives de la société de consommation dans la scène culte, où les invités sont conviés à déféquer autour d’une table de salle à manger!
Au premier abord, on pourrait croire à une oeuvre sans queue ni tête, se déroulant au gré des délires de son auteur, mais ne nous y trompons pas, Bunuel savait parfaitement comment dérouter son public tout en lui donnant entière satisfaction. Une pléiade de grands noms compose un casting très riche, allant de Brialy à Rochefort, de Piccoli à Marie France Pisier, de Michael Lonsdale à Monica Vitti, en passant par Adriana Asti ou Claude Piéplu. Derrière les apparences joyeuses se niche cependant une angoisse palpable: celle de la fin du monde, d’une décadence générale, d’une mort rôdant partout autour de nous: comme si Bunuel nous rappelait l’inutilité de rester cartésien puisque finalement, la vie n’a pas de sens profond.
ANNEE DE PRODUCTION 1974.



