Un énorme bouchon bloque le périphérique de Rome. Du jamais vu! Immobilisés pendant deux jours dans leurs voitures, les gens se décomposent lentement. Drames intimes, conflits de voisinages, crises d’hystéries et autres monstruosités se nouent…
Comment montrer le vrai visage d’une foule de gens anonymes lorsqu’ils sont poussés dans leurs retranchements et surtout « enfermés » dans un lieu qu’ils ne peuvent pas quitter? L’italien Luigi Comencini a imaginé ce Grand Embouteillage comme une métaphore d’une Italie au bord de l’implosion et s’est dit qu’il y avait matière à en faire une comédie. Une comédie acerbe et féroce pointant du doigt la société de consommation, le désenchantement d’un peuple au bout du rouleau, le ras le bol de citoyens qui laissent éclater leur colère quand ils se retrouvent aculés dans une situation qu’ils ne maitrisent pas. On suit ainsi plusieurs histoires parallèles se déroulant dans chaque véhicule: un couple qui part célébrer ses noces d’argent, une famille napolitaine au complet, un jeune homme parti rejoindre sa dulcinée, quatre truands plaisantins, une ambulance transportant un blessé grave et une jeune féministe et sa guitare… Ressemblant du coup à une série de sketches, le scénario oscille de l’anodin (des dialogues parfois un peu plats) à des situations chaotiques (le viol d’une jeune fille devant des bonhommes qui restent passifs sans intervenir, la tentative d’un acte pyromane sur un véhicule), Comencini passe allégrement du ton léger à celui plus amer et perd parfois en rythme ce qu’il gagne en acidité. Le réalisateur de L’Argent de la Vieille commence par provoquer des rires avant de créer un effroi progressif.
Pour rendre attrayant ces différents portraits humains, une belle distribution était de rigueur et on dénombre une dizaine de vedettes alors en vogue dans cette fin des années 70: Alberto Sordi, Annie Girardot, Fernando Rey, Angela Molina, Ugo Tognazzi, Miou Miou, Gérard Depardieu, Patrick Dewaere, Stefania Sandrelli, Marcello Mastroianni. Si Le Grand Embouteillage démarre par un pitch presque rigolo, il dérive mine de rien vers la description d’êtres odieux, pitoyables et veules: le constat réaliste d’une société effrayante et individualiste qui serait prête à s’étriper en cas d’apocalypse.
ANNEE DE PRODUCTION 1979.



