L’avocat Anthony Keane est chargé de la défense de la belle mais mystérieuse Mm Paradine, accusée d’avoir empoisonné son mari aveugle. Mariée avec Gay, une jeune et belle femme blonde, Keane tombe quand même sous le charme vénéneux de sa cliente qu’il cherche absolument à faire acquitter lors d’un procès retentissant…
L’association entre Alfred Hitchcock et David O’Selznick, démarrée avec Rebecca, arrive à son terme avec Le Procès Paradine, film de procès comme son titre l’indique autour de la figure d’une suspecte pleine d’ambiguité. Les relations entre le producteur et Sir Alfred sont devenues excécrables avec le temps et le tournage ne fut pas de tout repos. La qualité globale du métrage s’en ressent nettement: trop longue, la première partie se traine entre dialogues bavards, scènes peu folichonnes avant qu’Hitch ne rectifie le tir dès lors que l’action se déroule dans la Cour d’Assises, où il peut mettre à profit son sens de la mise en scène. Mouvements d’appareils acrobatiques, mise en valeur du texte, soin apporté aux costumes (Laughton et Peck en habits de juge et d’avocat), et suspense maintenu jusqu’au bout sur l’issue des débats. Au fond, l’auteur de Psychose parait pris entre deux feux: celui de satisfaire les exigences de la production lui réclamant davantage de péripéties autour du dilemme amoureux des personnages et celui de se cantonner à un film policier de facture classique. Le Procès Paradine contient ainsi de bonnes choses, des moments réussis et d’autres largement plus faibles.
Du côté de la distribution, il y a du beau monde, pas toujours véritablement à sa place: ainsi, Gregory Peck retrouve Hitchcock pour la deuxième fois après La Maison du Dr Edwardes et ne semble pas très à son aise dans le rôle de cet avocat troublé par sa cliente et torturé par son sens du devoir professionnel. A contrario, Charles Laughton en magistrat rigide, charismatique et autoritaire est parfait, quasiment dix ans avant Témoin à Charge, autre grand film sur la justice. Quant aux femmes, Ann Todd incarne l’épouse compréhensive avec une froideur redoutable, tandis qu’Alida Valli joue l’accusée impassible dont on ignore jusqu’au bout les secrets. Sans atteindre les meilleures oeuvres du maitre, Le Procès Paradine accroche tout de même par sa dénonciation des faiblesses, des lâchetés et des failles du système judiciaire et reste un segment correct dans la filmographie d’Hitchcock.
ANNEE DE PRODUCTION 1947.



