Japon, été 1945. Les bombardiers américains arrosent Kobé de plusieurs milliers de tonnes de bombes incendiaires. Seita, un jeune adolescent, fuit avec sa petite soeur Setsuko pour échapper au danger quotidien. Leur père au combat et leur mère récemment tuée dans une des attaques. Ils se réfugient dans leur famille proche, mais celle ci est cruelle et peu compatissante. Leur quête désespérée d’un monde meilleur semble chaque jour de plus en plus compliquée et l’espoir s’amenuise…
Né en 1935, le réalisateur japonais Isseo Takahata nourrit une passion pour l’animation et devient graphiste, puis auteur de la série Heidi pour la télévision. Fondant le studio Ghibli avec l’autre grand cinéaste de genre Miyazaki, il bouleverse le monde entier avec Le Tombeau des Lucioles, premier long métrage d’une maitrise impressionnante et véritable plaidoyer contre la guerre. Contant l’histoire toute simple de deux orphelins livrés à eux mêmes dans le Japon meurtri par le conflit avec les américains, le dessin animé est une sorte de documentaire poignant sur les horreurs du conflit armé, avec des images très réalistes de bombardement, de mise à mort, de destruction, totalement inédites dans le domaine de l’animation. D’ailleurs, si le film avait été en prises de vues réelles, il serait sûrement un insupportable mélodrame lacrymal: Takahata réussit le prodige de mêler la vie, la mort, la lutte, le rationnement de nourriture, le deuil, et surtout l’innocence fauchée par l’abominable machine de guerre. Avec une poésie tout à fait exquise, le propos ne tombe jamais dans la démonstration pesante ni dans le maladroit portrait de l’enfance sacrifiée, par petites touches sensibles il nous fait presque ressentir physiquement les souffrances de Seita, les privations subies par sa petite soeur, le chagrin de la perte et l’incommensurable sentiment de ne plus rien contrôler. Un récit tragique suscitant une émotion profonde, car touchant à l’humain, à l’intime, aux liens frère/soeur dans ce qu’ils ont de plus pur.
Le Tombeau des Lucioles ne cesse de nous briser le coeur par l’extrême douceur de son traitement, en contrepoint total de la rudesse de son sujet, avec un infini pouvoir d’évocation, sachant regarder la mort en face, ne trichant pas sur ses intentions. Le temps du bonheur (notamment évoqué dans des flash backs déchirants) rend encore plus durs les moments de violence, Takahata ne cherchant pas à édulcorer la réalité des faits vécus par les japonais, mais grâce à une bande son mélancolique et un regard plein de tendresse pour ses petits héros, le film dépasse largement ce que tant d’autres oeuvres de guerre filmées ont échoué à transmettre. Point de sentimentalisme gratuit ou de pathos exagéré, ce tombeau est bel et bien le film le plus triste du monde. Triste, mais d’une absolue beauté.
ANNEE DE PRODUCTION 1988.



