L’ancien shérif Will Kane s’apprête à quitter la petite ville de Hadleytown au Nouveau Mexique. Il vient d’épouser Amy, sa jolie fiancée, lorsqu’il apprend que le criminel Franck Miller a été libéré et compte se venger avec trois autres truands. C Kane qu’ils cherchent à atteindre…
Il n’y a pas que John Ford qui a marqué de son empreinte le western américain, il ne faudrait pas oublier Fred Zinnemann et son plus célèbre film Le Train sifflera trois fois. Se déroulant sur près d’1H30, en temps réel, scandé par des plans fréquents d’horloges accentuant le suspense, le spectateur est tenu en haleine par l’arrivée imminente (au train de midi) d’un malfrat décidé à verser le sang et qu’un valeureux shérif compte bien arrêter. Toute la tension de ce récit simple et efficace repose sur cette durée annoncée dès le départ et faisant ressembler ce western à un véritable film policier. La chanson phare « Si toi aussi tu m’abandonnes » ponctue l’intrigue d’un romantisme un peu désespéré, Zinnemann utilisant la musique comme un accompagnement presque permanent. C’est surtout l’histoire d’un homme usé, vieilli, se retrouvant seul face à la lâcheté de tout un village, aucun homme ne désirant se battre avec lui pour éradiquer le danger à venir. Ce thème de la solitude du héros central parcourt bien souvent les épopées de cow boys, mais ici il s’agit d’un shérif intransigeant que même sa jeune épouse ne soutient pas vraiment. Des critiques de l’époque y virent une allégorie sur la passivité des américains face à la Chasse aux sorcières, en cela Le Train sifflera trois fois possède une dimension politique. En lieu et place des habituelles bagarres et autres fusillades qui jalonnent les westerns traditionnels, on trouve des dialogues, de la tension, de l’austérité même dans le déroulement du récit.
Le point crucial réside dans le jeu admirable de Gary Cooper, la démarche un peu fatiguée, arrivé à l’automne de sa vie, et pourtant résolu à abattre l’ennemi. L’acteur décrocha un Oscar pour ce rôle (sûrement le dernier très beau qu’il ai tourné). Dans sa toute première apparition à l’écran, la jolie Grace Kelly l’accompagne, en épouse refusant de partager le but de son mari, repoussant la violence le plus loin possible comme pour conjurer le sort. Grâce à la mise en scène imparable de Zinnemann et l’incarnation de Cooper, ce western s’est durablement installé dans la mémoire des cinéphiles et le temps ne semble pas avoir de prise sur lui.
ANNEE DE PRODUCTION 1952.



