Anna, cardiologue marseillaise, part en Arménie tenter de retrouver son père gravement malade, parti sans prévenir. Arrivée à Erevan, la capitale, ignorante tout du pays, elle fait diverses rencontres qui vont tantôt l’aider dans sa quête tantôt la questionner sur sa propre identité….
Depuis le milieu des années 80, Robert Guédiguian propose des films centrés sur son quartier de l’Estaque, tournant avec sa même troupe d’acteurs, associée à ses techniciens attitrés, et n’est sorti de cette « zone de confort » qu’à l’occasion du Promeneur du Champ de Mars contant les derniers mois de la vie de François Mitterrand. Un an après, il a l’idée de ce film situé en Arménie, la terre de ses ancêtres, et de cette histoire de confrontation fille/père résonne en lui très fortement. Tournant autour de la transmission, de la compréhension du passé, de l’identité, ce Voyage en Arménie est un beau pari poétique et émouvant, écrit avec la collaboration de sa compagne et muse Ariane Ascaride et de la romancière Marie Desplechin. Plutôt que de simplement filmer son pays comme une carte touristique banale, il préfère axer son propos sur ce qu’il est devenu: Erevan capitale du business, de la corruption et de la misère où les êtres tentent de vivre par le trafic et autres magouilles. Justement de ce point de vue là, le scénario dérive de la recherche du père à un simili polar autour d’un trafic de médicaments qui enlève un peu de l’intérêt à l’ensemble. Guédiguian est clairement plus doué pour parler de sentiments, de solidarité et de politique que se lancer dans le thriller urbain. Oeuvre personnelle et attachante dont on entend le coeur battre qui n’évoque pas les traumatismes directs du génocide (hormis dans le très beau dialogue final), ce long métrage pose un regard lucide sur le devoir de mémoire sans tomber dans un écueil larmoyant.
Complètement enrichi par le jeu impeccable d’Ariane Ascaride, le film bénéficie aussi des autres interprètes habitués dont Gérard Meylan, Simon Abkarian, Jean Pierre Darroussin. Jalil Lespert renoue avec son réalisateur après Le Promeneur du Champ de Mars en incarnant un jeune humanitaire dévoué. Ce récit initiatique généreux, malgré ses menues faiblesses, nous emporte jusqu’au pied du Mont Ararat, d’abord par le biais d’une toile peinte puis clôturant les dernières images face à la montagne, comme un appel de paix entre la Turquie et l’Arménie. Guédiguian a décidément très bien fait de quitter Marseille le temps d’un film comme celui ci.
ANNEE DE PRODUCTION 2006.



