Pianiste de jazz américain installé à Turin, Marc Daly assiste un soir au meurtre de Helga Ullman, une célèbre parapsychologue de passage en Italie. Il tente de lui porter secours, mais en vain. Déclaré témoin oculaire et lui-même victime d’une tentative d’assassinat, il décide de mener l’enquête en compagnie d’une journaliste, tandis que des meurtres se multiplient…
Oeuvre charnière du cinéma de genre et de la carrière de Dario Argento, Les Frissons de l’Angoisse marque le mi temps des années 70 dans sa façon exemplaire de placer le « giallo » italien au même niveau que le policier le plus prenant à suivre. En effet, le film mêle avec habileté et grand talent une enquête autour de meurtres particulièrement brutaux et l’horreur pure avec son lot de séquences gores et impressionnantes. Graphiquement très réussi, le film bénéficie d’une mise en scène précise, réfléchie, proche par moments d’un exercice de style, qui ne délaisse jamais ni le suspense ni l’effroi et joue avec les nerfs du spectateur en permanence. L’intrigue prend son temps, s’autorise même des « longueurs » dans le rythme afin de mieux faire apprécier les scènes de crimes toutes très travaillées et effrayantes. Avec des éléments issus de la peinture (les tableaux du couloir dans l’appartement où se déroule le premier meurtre et le final), par l’architecture (la demeure lugubre baroque hantée par des fantômes et dont les murs renferment en dessin une clef essentielle de la résolution), par la musique (le groupe des Goblins collabore avec Argento pour une BO inquiétante et agressive à la fois, en prime la ritournelle enfantine annonçant l’arrivée du tueur). Le cinéaste italien nous manipule avec brio, multipliant les fausses pistes, les perceptions erronées, et ce dès l’ouverture ultra efficace du métrage. Festival de couleurs flashy (le rouge domine largement bien sûr), Les Frissons de l’Angoisse est en même temps sous influence hitchcockienne évidente et anticipe bon nombre de grands classiques de l’horreur à venir.
Au casting, on retrouve le jeune héros de Blow Up, l’anglais David Hemmings, accompagné de la muse d’Argento, Daria Nicolodi en journaliste fantasque et charmeuse, Macha Méril campe la médium promise à une mort affreuse qu’elle pressent elle même, et enfin Clara Calamai, l’actrice de Ossessionne de Visconti, vieillie et dans un registre inattendu qu’elle tient fièrement. Cette oeuvre décisive ouvre une voie royale à Argento (et ses disciples) pour faire du « giallo » un genre à part entière, prenant un malin plaisir à nous foutre les jetons et surtout à nous plonger dans un cauchemar éveillé dont on a du mal à sortir. Avec Suspiria, deux ans plus tard, il s’agit du film le plus abouti d’Argento.
ANNEE DE PRODUCTION 1975.



