A la fin du XIXe siècle, Miss Giddens, une jeune institutrice, est engagée pour assurer l’éducation de deux jeunes enfants, Miles et Flora, vivant avec leur gouvernante dans un manoir isolé. Très vite, elle se rend compte que l’endroit est le théâtre de phénomènes étranges: les enfants semblent tourmentés par des fantômes et un mystère plane sur la disparition de la précédente institutrice. La demeure est elle réellement hantée?
Alors que le studio de la Hammer déversait un flot continu de films d’épouvante en couleurs et souvent explicites dans la représentation de l’horreur, le cinéaste anglais Jack Clayton prit cette mode à contre pied et décida d’adapter un roman très connu de Henry James, Le Tour d’Ecrou, et surtout d’aller vers un fantastique beaucoup plus feutré, suggéré et relevant de l’angoisse pure. Les Innocents fut donc écrit avec l’aide de l’écrivain Truman Capote qui y ajouta une dimension presque onirique, accentuée ensuite par la photographie minutieuse de Freddie Francis (futur chef opérateur d’Elephant Man) et dont le noir et blanc crayeux, proche de l’expressionnisme, apporte une touche d’étrangeté supplémentaire. Cette institutrice confrontée à des éléments surnaturels entend protéger les enfants dont elle a la charge et tente tout du long de les « exorciser » d’un couple de fantômes malveillants qui hanterait le manoir (beau décor d’ailleurs, merveilleusement inquiétant). Mais où se situe la vérité? est ce que la folie ne guette pas celle qui se croit saine d’esprit? Les enfants sont ils si « innocents » derrière leurs airs sages et équilibrés? Clayton laisse planer le doute dans un récit devenant de plus en plus oppressant, par l’utilisation de superposition d’images brouillant souvent la vision du spectateur lui même. Ainsi, la peur nait du malaise de « ne pas savoir », d’ignorer les aboutissants d’une histoire malaisante que la conclusion ne rendra pas plus limpide.
Un très beau rôle pour Deborah Kerr, naviguant entre douceur et inquiétude, entre trouble et déséquilibre, elle rend son personnage d’institutrice absolument ambivalent et cette notion sert totalement le propos. Les deux bambins ont des bouilles adorables, presque trop parfaits pour ne pas cacher quelque chose (ou pas ?) et leur jeu nuancé reste crédible jusqu’au bout. Ce fantastique envoutant venu d’Angleterre fut aussi certainement influencé par Le Masque du Démon réalisé par l’italien Mario Bava l’année précédente, sauf qu’ici les démons ne hurlent pas, ne tuent pas, ne se vengent pas, ils se contentent d’infiltrer les esprits jusqu’à modifier la personnalité de leurs victimes. Une réussite particulière dans le genre.
ANNEE DE PRODUCTION 1961.



